Une journée de travail du tractoriste Zakharov

tracteur
C'est le printemps, par un retentissant cocorico les coqs saluent le jour qui se lève. Le tractoriste Zakharov part au travail. Au complexe Agropromchimie il conduit un tracteur K-701, muni d'une remorque pour l'épandage de la tourbe et du fumier. Avant de labourer il faut soigneusement amender la terre.
Les collègues de Zakharov se sont déjà rassemblés devant le vestibule. Ils jouent aux cartes en attendant l'autobus qui les emmènera dans les champs, où les tracteurs sont stationnés. Il est huit heures et demi, et toujours pas d'autobus. La voiture du directeur étant tombée en panne, celui-ci a du réquisitionner l'autobus pour conduire ses enfants à la maternelle. Zakharov allume une cigarette et se joint aux joueurs de cartes. Une fois le poker lancé, on ne voit pas le temps qui passe. Zakharov perd, il veut se refaire, c'est alors que l'autobus arrive.
A onze heures, ils sont enfin sur zone. Les tracteurs sont cachés dans un petit bois. Zakharov met en marche son K-701, mais il ne roule pas immédiatement : il faut que le moteur chauffe. A onze heures et demie, les tracteurs lambinent à la queue leu leu en direction du tas de tourbe, où une excavatrice les attend. Une fois les remorques chargées, on décide toutefois de ne pas se diriger vers les champs, puisque l'heure du repas va bientôt sonner. Tout le monde se réunit à nouveau pour un poker.
La voiture qui transporte le déjeuner se présente à l'heure. Aujourd'hui, on a au menu une soupe aux pois, de la bouillie de sarrasin, de la goulasch, de la compote. Il y en a suffisamment pour que ceux qui ont encore faim puissent se resservir.
Après le repas il convient de marquer une pause. Les tractoristes étalent par terre leurs blousons, s'allongent desus, et le jeu reprend. Le soleil d'avril réchauffe agréablement les épaules, de la forêt arrivent les chants des oiseaux qui, il y a peu, sont revenus du sud. Zakharov commence à gagner, mais soudain le mécanicien de l'excavatrice signale par radio qu'il a aperçu la voiture de l(agronome. Tous se relèvent d'un bond et courent vers les tracteurs. Il est deux heures vingt.
Joyeusement ronflotent les tuyaux d'échappement, gravement tournent les vis sans fin des épandeurs. Sur la brune couverture du champ on voit encore les plaques blanches de la dernière neige. Mais quand la tourbe est projetée dessus, elles ne mettent pas longtemps à fondre. Sur le bord du champ se tient l'agronome. Il est satisfait.
Au bout d'une heure, le travail s'arrête. L'autobus doit passer prendre tout le monde à cinq heures, ce qui laisse le temps de finir la partie interrompue. Zakharov mène de façon incontestable et, sur la route du retour, ses camarades lui paient ce qu'ils lui doivent.
Sa femme l'accueille avec un repas délicieux.
- T'avais promis aux enfants que t'installerais une balançoire dans le jardin.
- Je ferai ça samedi. Aujourd'hui, je suis crevé.
- Vous avez terminé le champ, c'est ça ?
- La ferme ! de quoi tu te mêles ? Comme si tu t'y connaissais en agriculture !

bourbier

Je vous ai déjà parlé d'Alexandre Ikonnikov (*) et des bijoux réunis sous le titre "Dernières nouvelles du bourbier". Les quarante-trois nouvelles de ce recueil sont parfaitement résumées en deux lignes du quatrième de couverture : "En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance". J'avais déjà pris ce bouquin à la bibliothèque il y a trois ans, j'en ai retrouvé l'humour et le tragique avec un plaisir renouvelé.

(*) La jambe