Cassons la croute
Parlons restauration : des bactéries peuvent sauver l'art
Il y a les bonnes et les mauvaises. Certaines provoquent des maladies, d'autres sont utiles pour fabriquer du fromage.
Et puis il y a celles qui se mettent au service de l'art comme Pseudomonas stutzeri, une bactérie utilisée dans la restauration d'oeuvres. Cette méthode, développée par l'Institut de restauration du patrimoine (IRP) de l'université de Valence, en Espagne, a ainsi permis de restaurer les fresques de l'église Los Santos Juanes endommagées par le feu, la colle et le sel (un effet secondaire des nids de pigeons). Les chercheurs espagnols se sont inspirés d'un travail pionnier mené depuis 2003 au Campo Santo de Pise. Pour appliquer les bactéries, les scientifiques ont mis au point un gel qui agit en surface, "ce qui évite de pénétrer dans le matériau et de causer de nouveaux problèmes. Après une heure et demie, la surface est nettoyée puis séchée", explique la biologiste Pilar Bosch. Révolutionnaire, cette technique pourrait être étendue. "Dans la nature, les bactéries se nourrissent de pratiquement n'importe quoi, ainsi, nous sommes convaincus que nous pourrons éliminer d'autres substances sur divers types de matériaux."
Source : Beaux-Arts magazine
Langages
Le saviez-vous ?
Si l'on répète ad lbitum le mot "fenêtre" en regardant un poisson, puis le mot "poisson" en regardant une fenêtre, on perd son temps.
Non seulement le concept du chien n'aboie pas, comme le soulignait (dit-on) Spinoza, mais celui du chocolat ne fait pas grossir.
Une maladie mentale consiste à employer des mots à la place d'autres, par exemple, dire "le commissariat du quartier est un bâtiment aux briques jaunes" au lieu de "Maman, donne-moi une grosse part de tarte aux pommes". La communication avec le patient peut s'avérer difficile.
Le Maître et le disciple
Le disciple :
La langue décrit-elle le monde, Maître ?
Le Maître :
On ne peut mieux, disciple. Rien de ce qui n'est dans la langue n'est dans le monde.
Le disciple :
Les animaux parlent-ils, Maître ?
Le Maître :
L'âne, en tout cas, parle trop, disciple
Ailleurs
Sur le mont Aktos, en Grèce, le vent souffle du nord, sans cesse. Les habitants de la vallée ont naguère sculpté les rochers de telle manière qu'en s'engouffrant, l'air vibre en formant des mots, des phrases, parfois des poèmes. Hélas, de siècle en siècle, la langue a bougé, au point que nul ne comprend plus le chant de la montagne, ni les sagesses éternelles qu'elle murmure aux hommes.
Au marché si typique de Nahahuta (Pérou), la cacophonie est telle qu'il est vain d'espérer comprendre ce que hurlent les marchands. Aussi, ceux-ci imitent-ils le cri de l'animal dont ils font commerce. Le charcutier grouine, le volailler caquète, le boucher beugle. Seul le poissonnier a du mal à se faire entendre.
Sur la planète HC878, toute personne usant d'une phrase déjà prononcée doit régler des droits d'auteur à son premier locuteur. Seuls les riches ont ainsi la parole, mais n'est-ce pas partout pareil ?
Le peuple oho de Nouvelle-Guinée, découvert par Harry Matthew Botherby connaît le langage, mais réduit au minimum. Le oho n'a qu'une seule phrase : "Rouge égale mal". Découvrant un peuple voisin, les Ouhas, à la langue non moins rudimentaire (leur seule phrase est : "Ici, pas là"), H.M. Botherby leur appris l'existence des Ohos. Voulant traduire en ouha le oho "Rouge égale mal", il dut se réduire à l'unique option : "Ici, pas là".
Hervé Le Tellier : bribes de non-sens
Ecoeurés
Ecoeurés par une défaite qu'ils jugent injustes, Nicolas Sarkozy et ses amis se sont consolés dans une annexe du Fouquet's
ou
Les nouveaux occupants de Bercy obligent les niches fiscales à se faire plus discrètes.
de mes amis forumeurs :
L'écologie c'est bien mais surtout à la Martinique.
Rainai
La France.. ça te tente ... ?
ou
Présidentielle 2012 : attention !! isoloirs clandestins !!!
ou
Elysée ... Khadafi ... le retour ..?
de Didiier Kala, du site Brave Patrie où j'ai prélevé cette image
Le mouvement Occupy Bois de Vincennes prend de l’ampleur
Jour de pluie à Paris
Que faire un jour de pluie à Paris ?
Une visite à la cinémathèque où Tim Burton expose.
Billets pris à l'avance, arrivée à l'heure prévue et malgré tout, 10 petites minutes de queue. Satisfaction d'avancer alors que la file de ceux qui n'ont pas prévu de coupe-file poireautent sous la fine pluie glacée d'avril.
Photos interdites. Tant pis, on volera quelques vues :
A la sortie, il pleut toujours.
Au loin
Direction "El Condor Pasa" un restaurant d'Amérique du Sud de la rue Crozatier
Sous l'oeil fier mais bienveillant du Che
Caïpirinha pour moi et Pisco Algarrobina (cocktail péruvien) pour madame
puis, en entrées :
Causa rellena : purée de pomme de terre,crevettes sauce cocktail de rocoto
pulpo al olivo : poulpes aux olives vertes
Les plats :
Assiette découverte: poulpes, choros, aji de gallina
Steak de calamar, gambas à la plancha, frites de manioc
Les desserts
Dulce De Leche : crêpe à la confiture de lait et sa glace à la vanille
Retour en musique
Le GMAC annuel
Comme tous les ans, j'ai été balader mes guêtres à la Bastille à l'occasion du Grand Marché d'Art Contemporain organisé par Joel Garcia. S'y cotoient amateurs et professionnels, galiéristes et artisans, on y trouve de la toile, du bois, du bronze, de la terre, différentes sortes de métaux le tout mélangé de manière plus ou moins harmonieuse, il y en a pour tous les goûts. On peut discuter avec les artistes, boire un café ou un thé à la menthe, manger un morceau, arpenter les allées sous la tente et admirer les stands en plein air, posés sur les rives d'un petit canal parqué de bateaux et bordé par une promenade verte, tout ça sous les yeux du génie doré qui veille sur ce petit monde.
Habituellement, avec l'autorisation des créateurs, je mitraille comme un fou avec mon lumix. La majorité des artistes présents viennent régulièrement; en remontant ce blog, vous trouverez des photos nombreuses et variées. Cette année, je me suis calmé et j'ai préféré flâner en dégainant tout de même le Lumix de temps à autres, surtout pour des oeuvres d'extérieur (clic sur les photos pour les agrandir).
En fin de billet, vous trouverez quelques liens que je vous encourage à visiter.
Bonne promenade.
La pause "thé à la menthe"
J'ai beaucoup aimé les mobilers de jardin de Yann Brard, la silhouette et les deux bancs en photo ci-dessus vous donnent une idée de ses créations, mais allez visiter sa galerie >>> sculptures jardin du champs clos, c'est assez fantastique.
La galerie Zina expose un des hommes poissons de Kasper
Les créations du forgeron sculpteur Marc Tiret dont voici la galerie.
Le street art de Miss Mirza, plein d'humour.
Les papiers mâchés de Nicole et Aude dont je vous ai déjà parlé dans un billet précédent.
Je vous ai déjà parlé également des merveilleux raku de Marie Juge.
Les meubles et objets en carton de Véronique Tulasne avec un clin d'oeil à mon amie Chantal.
Les magnifiques bronzes de Laurence Louisfert.
Les scènes de vie et portraits de Didier Nicolas.
Et bien entendu, ne pas oublier les oeuvres de Stéphane Szendy.
Je vous conseille fortement, si vous aimez réjouir vos yeux et régaler votre esprit d'aller visiter les différentes galeries ci-dessus et, suivant les régions où vos pas vous mèneront, d'aller voir ces artistes in-situ, je pense que vous serez toujours bien reçus.
Vous trouverez, en cliquant sur ce lien, la visite que j'avais faite en juin 2011 du même Marché avec beaucoup plus de photos et des oeuvres également très intéressantes.
L'addition, s'il vous plait
Je vous recopie ici l'éditorial de Fabrice Bousteau de Beaux-Arts magazine; c'est celui du numéro de mars 2012. Il montre très bien comment une "réforme" qui peut sembler aller dans le bon sens et qui est présentée comme une avancée se révèle, dans les faits, une mauvaise idée ... pas pour tout le monde.
Selon la Cour des comptes, la baisse de la TVA (de 19,6 à 5,5%) de la restauration décidée en juillet 2009 par Nicolas Sarkozy coûte chaque année environ 3 milliards d'euros au contribuable. Et, Pour Xavier Denamur, un restaurateur parisien qui vient de produire l'édifiant documentaire la République de la malbouffe (diffusé en DVD par le mensuel Rue89 de février-mars), les bénéficiaires de ces 3 milliards d'euros seront essentiellement, non pas les petits restaurants, leurs salariés et leurs clients, mais dix entreprises d'agro-alimentaires !
Xavier Denamur explique qu'il a fait ce film "pour donner le point de vue de tous ces petits restaurateurs indépendants qui font moins de 100 000 euros de chiffre d'affaires par an. Pour eux, la baisse de la TVA ne leur permet ni d'embaucher, ni d'investir, ni de baisser les prix, tandis que ça rapporte 200 millions d'euros par an à MacDo." Alors que le gouvernement annonce que l'impact de la baisse a fait chuter les prix de 2,5%, Xavier Denamur affirme que les prix ont augmenté de 1,6% et que seuls 11 000 emplois ont été créés contre les 40 000 annoncés.
Mais surtout, ce que montre le film, c'est que la baisse de la TVA incite nombre de restaurateurs à remplacer les cuisiniers par de la nourriture industrielle pour accroître consédérablement leur marge. Plus de la moitié des restos parisiens et de nombreuses villes où, sur les cartes, l'on propose du "fait maison" seraient en fait livrés à l'aube par une poignée d'industriels comme Pomona Passion froid (1,1 milliard de chiffre d'affaires pour 35 700 restaurants) ou Transgourmet (1,6 milliard de chiffre d'affaires pour 60 000 restaurants) !
Pour Xavier Denamur, la baisse de la TVA, au lieu d'aider les "vrais" restaurateurs, favorise l'industrialisation des restaurants français, la disparition de notre culture culinaire et, surtout, le développement de la malbouffe sans qu'on en ait conscience car il devient difficile d'identifier le "vrais restaurateur" de celui qui utilise les produits de l'agro-alimentaire. Une malbouffe trois fois moins coûteuse pour le restaurateur, qui conduit à la suppression de nombre d'emplois et tranforme notre goût (produits plus salés, plus sucrés).Denamur propose ainsi de revenir à une TVA à 19,6% et à des aides spécifiques à destination des "vrais restaurateurs".
L'art culinaire fait partie intégrante de la politique culturelle qui embrasse un champ bien plus large que celui traditionnellement envisagé. Cette situation montre, à la veille de la présidentielle, que les questions de politique culturelle sont aujourd'hui intrinsèquement liées à l'économie.
Les résultats
Campagne
Lorsqu'elle se promène avec ses frères Carla garde le voile.
de mes amis forumeurs :
La Diversité et le Vivrensemble, ça vous a parfois des côtés rebutants, mais il ne faut pas se décourager.
Cqfd
N'ayez pas peur ...
rainai
d'Alfred-Georges, du site Brave Patrie où j'ai prélevé cette image :
Entouré par son Comité de soutien, Nicolas Sarkozy est in-déplaçable (crédits : Mehdi Ba).
sur le même site, deux légendes proposées par Brave Ronron
A Toulouse, le Défilé de mode "Printemps-Ete 2012" des nouveaux uniformes du RAID s'est déroulé dans une ambiance un peu chahutée.
ou
C’est incognito que Dominique Strauss-Kahn est arrivé sur la planète Mars pour une conférence sur l’état de l’économie terrienne.
Métiers de demain
Prostatisticien
L'origine de cette profession est, on s'en doute, à rechercher du côté des instituts de sondages. En effet, comment aider les indécis(es) à prendre position sans ces discrets acteurs de la vie politique du pays.
On remarquera que, dès sa reconnaissance officielle par l'INS, cette activité semble avoir principalement attiré les femmes. On ne saurait s'en étonner quand on sait combien elle exige de doigté. De subtilité et de finesse. D'entregent et de sensibilité. On en reconnaît les meilleures pratiquantes à ce qu'elles savent convaincre d'en revenir au tréfonds, au fondement même de nos sociétés. L'opinion personnelle, celle qui fait affirmer péremptoir : "Mon siège est fait !". Celle qui naît de la prise de recul. C'est là qu'elles sondent, auscultent, indexent. C'est elles qui traquent le vivant, mais aussi fouillent dans les annales et lèvent le voile sur l'opinion. Leur probité leur interdit de prendre des gants ou de travestir les résultats. Elles ne désirent et ne délivrent que la nudité des réponses sans calcul.
On s'extasiera devant la devise de leur profession : "Fais à autrui ce que tu aimerais qu'on te fasse" qui associe largesse et profondeur avec élégance.
Noé Gaillard, pour Fluide Glacial.
nota : Fluide Glacial blogue et la visite s'mpose, c'est là >>> Le Blog de Fluide Glacial
Un mardi printanier et parisien
Signé Oscar Wilde
Personne n'est assez riche pour acheter son passé
On peut toujours être gentil avec les gens dont on se moque totalement
Notre vraie vie est si souvent celle que nous ne menons pas.
Les jeunes hommes voudraient être fidèles et n'y parviennent pas ; pour les vieux, c'est l'inverse.
Le devoir, c'est ce qu'on attend des autres, pas ce qu'on fait soi-même.
La sincérité à petites doses est dangereuse ; à forte dose, elle est carrément fatale
De nos jours, être intelligible, c'est être démasqué.
Une chose n'est pas forcément vraie parce qu'un homme meurt pour elle.
Dans la vie moderne, rien ne fait autant d'effet qu'une bonne platitude. Aussitôt, tout le monde a l'impression d'être en famille.
Sa tombe au Père Lachaise
Un grand pas
Un pas de Guéant a été franchi quant au traitement sanitaire gracieusement offert par la France aux réfugiés qu'elle réexpédie vers leur pays d'origine.
de mes amis forumeurs :
L'abus de préparations culinaires à base d'eau de vie d'ail et d'huile de pois-chiches serait préjudiciable à la convivialité des sanitaires collectifs de Basse-Auvergne
Cqfd
La branlette aux mollets vaut une bonne pipe... kof kof kof
ou
Nouvelle discipline olympique : le pet (l'entrainement est insoutenable)
ou
Quand l'homme ne pense plus avec sa b... , ça fume !
Christ
de Didier Kala, du site BravePatrie où j'ai prélevé cette image
Regroupement familial : La famille de Terminator a enfin reçu ses papiers.
Désormais introuvable
Sur le site d'Arrêt sur Images, un article d'Alain Korkos qui rend hommage à un grand de l'absurde, pas assez connu du grand public
Carelman, l'introuvable
Par Alain Korkos le 02/04/2012
Jacques Carelman a disparu. On ne sait où ni quand mais la chose est certaine, il a disparu à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Jacques Carelman est désormais introuvable. Comme les objets qu'il inventa dès 1968 et qu'il publia en catalogue l'année suivante, parodiant ainsi le célèbre Catalogue des armes et cycles de Saint-Etienne.
Parution du tome 1 au Livre de Poche, 1975 ?

Extrait du Catalogue des armes et cycles de Saint-Etienne, 1907
Le Catalogue d'objets introuvables de Carelman a été maintes fois réédité…

Réédition de 1976 ? chez Balland
… voici quelques-uns des articles proposés à la vente :





Puis vint un jour où Carelman commercialisa ces objets qui devinrent donc disponibles, rendant fautif l'intitulé du catalogue !

Cafetière pour masochiste

Machine à coudre à moteur animal

Machine à mettre les points sur les i
Mais Carelman ne fut pas que l'auteur du Catalogue d'objets introuvables. Il fut aussi, en 1972, celui du Catalogue de timbres-poste introuvables :

Réédition de 2011
Extrait :

Carelman fit bien d'autres choses dans sa vie. Régent d'Hélicologie au Collège de ’Pataphysique, il fut l'inventeur de l'OuPeinPo, Ouovroir de Peinture Potentielle. Ami de Raymond Queneau (on s'en serait un peu douté), il réalisa en 1966 la première adaptation en bande dessinée de Zazie dans le métro :


Et c'est lui qui dessina cette célèbre affiche de mai 68 :

Les insectes sont servis
D'un côté, ma pomme. De l'autre, un scorpion brandissant son aiguillon vénimeux. Un adversaire coriace, secondé par un bataillon de sauterelles, de scarabées et de vers à soie. Pour le moment, tout ce petit monde repose sur un lit de linguine sauce arrabiata, mais ce n'est pas parce qu'ils sont raides morts que je vais m'en sortir indemne. Car ce soir, ces bestioles vont finir dans mon estomac. Pourquoi m'infliger une telle épreuve ? Parce que nous devrons tous en passer par là. C'est e n tout cas ce que proclame la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, à grand renfortde campagnes de communication et de rapports gros comme des annuaires. L'Union Européenne, soucieuse elle aussi de participer au festin, s'est dite prête à consacrer quelques trois millions d'euros au financement de la recherche et de la promotion de cette gastronomie du futur. A table !
Au Botswana, au Venezuela, en Colombie, en Thaïlande ou en Chine, les brochettes de grillons courent les rues. Mais en occident, où les moeurs carnivores ont la peau dure, les recommandations de la FAO se heurtent à un tabou très fort. Problème : nous sommes déjà sept milliards d'umains sur Terre. En 2050, nous seront plus de neuf milliards. Veaux, vaches, cochons et autres bêtes à poils et à plumes ne suffiront plus à couvrir nos besoins en protéines, d'autant que les pys émergents veulent se faire une place autour du barbecue. La consommation en viandes des Chinois a ainsi doublé au cours des deuxx dernières décennies pour atteindre 56 kilos par personne et par an. En outre, l'élevage du bétail, très gourmand en terres, en eau et en végétaux, est une catastrophe environnementale. Ne reste plus qu'à se mettre aux insectes, et c'est là, malheureusement, que j'entre en scène.
En cuisine, sur mon plan de travail s'alignent sagement, outre le scorpion, huit sauterelles bien dodues que j'ai commandées sur internet. Leur goût, affirment les spécialistes, se rapproche celui du poulet. Un antipasto de débutante. Sans compter qu'elles me dégoutent beaucoup moins que les scarabées planqués sous leur grosse carapace huileuse. Le hic, c'est qu'elles ont des yeux qui me fixent obstinément depuis la poêle où je les ai mises à frire. Manger des aliments avec un visage, c'est psychologiquement pointu. Je regrette déjà mon dîner de la veille, à base de nuggets surgelés dont la forme improbable n'évoquait rien de de précédemment vivant.
Je gobe littéralement la première moitié, sans me résoudre à mâcher. Haut-le-coeur immédiat. Deuxièmetentative, je rationnalise la chose, me récite comme un mantra les recommandations de la FAO. "Les insectes sont une excellente source de protéines, de graisses et d'oligo-éléments. Leur composition en acides aminées est conforme aux standards de L'Organisation mondiale de la santé...". Cette fois-ci, je laisse la bêbête s'attarder plus longtemps sur ma langue. Je pousse même l'audace jusqu'à la faire glisser de gauche à droite, puis de droite à gauche. J'y détecte un petit goût de noisette, un relent d'ananas et, c'est vrai, de volaille. Les ailes et les pattes craquent sous la dent, mais pas plus qu'un grain de pop-corn. Ca passe à peu près.
Admettons que nous soyons capables d'abattre nos barrières psychologiques. Allons-nous vraiment muter en une horde d'insectivores ? C'est le rêve de Marcel Dicke, chef du département d'entomologie à l'université de Wageningen, aux Pays-Bas. Etroitement associés aux campagnes de la FAO, ce chercheur et ses collègues sont les Gault et Millau de cette nouvelle culture culinaire : ils papillonnent de séminaire en conférence pour convaincre les leaders d'opinion du bien-fondé de leur combat. Eux-mêmes se présentent comme de fins gourmets. "J'aime me faire un bolde riz aux légumes et sauterelles frites, raconte Marcel Dicke. J'adore aussi les larves de libellules grillées avec des feuilles de menthe. En 2020, on pourra acheter ces insectes dans les supermarchés !" Selon notre homme, ce serait même la seule alternative crédible à la consommation de viande, qui génère un gaspillage insensé. Seul le quart d'un poulet, par exemple, atterrit dans notre assiette. Un terrible gâchis, quand on sait que les trois quarts d'une sauterelle sont comestibles.
Elever ces petites bestioles apparaît donc comme un métier d'avenir. Et durable, qui plus est. S'il faut dix kilos de végétaux pour produire un kilo de viande, il en suffit de deux pour le même poids d'insectes. Scorpions, punaises et larves présentent aussi l'avantage de manger de tout et de grandir très vite. Mieux : contrairement aux mammifères, ils ne "fabriquent" pas de gaz à effet de serre, ne souillent pas l'eau potable avec leurs déjections et ne chamboulent pas l'écosystème d'une région - à l'exception du criquet pélerin qui dévore les récoltes, et dont la dernière invasion en Afrique sahélienne remonte à 2004. On estime que 70% des terres arables du globe sont confisquées par l'élevage, provoquant une accélération de la déforestation, alors que des milliers d'insectes peuvent tenir dans une miniferme.
Mais revenons-en à notre assiette. Plat suivant : une salade de scarabées rhinocéros bouillis. La perspective de croquer dans leur carapace brillante me débecte au plus haut point. Impossible de chasser de mon esprit la vision de leurs petites pattes crochues et poilues qui s'agitent. Je me sers un verre de vodka pour me donner du courage. Et j'affronte la bête. Je contourne les cornes pour l'attaquer au niveau du ventre. La carapace se brise net, avant de s'effriter en bouche, façon riz soufflé. Le goût ? Un mélange de soupe japonaise instantanée et de poisson pourri. Les morceaux de carapace me blessent le palais. La suite n'est supportable qu'avec de l'alcool : la curiosité culinaire m'ayant quittée, ce n'est plus qu'une question d'honneur. J'ai renoncé à mastiquer. Je me contente d'avaler cul-sec, comme si j'absorbais des barbituriques. Vodka. Larves. Vodka. Vers à soie et vodka. A la fin de ce repas épique, je suis fière de cette belle victoire. Sur moi. Sur l'adversaire. Sur tous ces insectes que j'ai noyés. Sur les périls à venir dont j'ai crânement riomphé.
Lara Fritzsche, 27 ans, qui avait déjà mangé une mouche à l'âge de huit ans, en faisant du vélo,
pour le bimensuel NEON.
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2,5 milliards d'humains consomment déjà quotidiennement insectes, scorpions et araignées
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75% d'une sauterelle se mangent, contre 17% d'un cochon
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1700 espèces comestibles d'insectes ont été recensées par les Nations unies
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Nous ingurgitons 500 grammes d'insectes par an à notre insu, dans des salades, conserves, etc.
Le pet
L'histoire du pet est d'une grande simplicité. C'est l'histoire d'un refoulement de plus en plus sévère. A-t-il existé un âge d'or de la flatulence, un état de totale liberté sphinctérienne ? Saint-Gelais l'assure :
Un temps fut que sans grand respect
On laschait à table le pet
Et qu'on se mouchait à la nappe
Et il est vrai que nos ancêtres étaient horrifiés par la rétention volontaire des gaz, acte masochiste catastrophique pour la santé. L'Ecole de Salerne est formelle :
"Quatuor ex vento veniunt in ventre retento / Spasmus, hydrops, colica et vertigo" ("Quatre maux frappent le ventre quand on retient ses vents : les spasmes, l'hydropisie, la colique et l'étourdissement." Ce que résume ainsi le proverbe : "Pour vivre longtemps, il faut donner à son cul vent".)
Erasme dénonçait, lui aussi, bien avant Freud, le refoulement : "Retenir un pet produit par la nature est le fait des imbécile qui accordent plus à la politesse qu'à la santé."
Mais tout le monde n'était pas de son avis. Délicate question de savoir-vivre ! Certains s'en tenaient à l'adage : "tussi crepitum dissimulare" (cacher le pet par une toux). Une autre méthode consistait à utiliser les chiens comme boucs émissaires. En cas de puanteur, la plaisanterie de circonstance consistait à dire : "Faites sortir les chiens, les dames ont vessi *". En ces temps réputés misogynes, le beau sexe avait droit au pet.
* On ne fait plus assez la différence entre un pet et une vesse (silencieuse et nauséabonde).



























































