02 juillet 2009
Tous ses livres
Je ne lis jamais. J'ai horreur de ça. Les livres m'endorment et me tombent des mains. Sauf ceux de Patrick Alfez. J'ai lu tous ses romans. Il en a écrit dix-sept en trente-quatre ans. Tous les deux ans, avec la régularité d'un coureur de fond, il sort un roman en septembre chez le même éditeur depuis sa première publication. Ce sont les seuls livres que je possède. Ils m'ont accompagné pendant les deux tiers de ma vie et je leur dois beaucoup. Ils m'ont aidé à surmonter bien des doutes, ils m'ont éclairé sur moi-même et sur le monde qui m'entoure. J'ai toujours remarqué une étrange similitude entre les romans de Patrick Alfez et ma vie. Ses personnages et moi éprouvons exactement les mêmes émotions, les mêmes désirs, les mêmes lassitudes, les mêmes joies et les mêmes méfiances. Grâce à son talent et à son acuité, Alfez m'a permis de nommer ce que j'éprouve. Tous ses romans sont rangés dans une bibliothèque que j'ai montée exclusivement pour ses livres il y a une dizaine d'années. Chacun d'entre eux mesure environ trois centimètres de largeur. La totalité de son oeuvre tient dans 51,3 centimètres. Or ma bibliothèque ne compte que 54 centimètres. Son dernier roman est sorti il y a une semaine et, comme tous les autres, je l'ai lu d'une traite, la nuit. Lorsque je l'ai terminé, je l'ai rangé sur ma bibliothèque à l'unique place qui restait et, je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu la sensation que ce livre pourrait être son dernier. Alors hier, je me suis arrangé pour obtenir son numéro de téléphone auprès de son éditeur et je l'ai appelé. Je suis tombé sur un répondeur. C'est la première fois que j'entendais le son de sa voix. Cela m'a troublé parce que je lui ai trouvé beaucoup de ressemblance avec la mienne. Ce matin, j'ai lu dans le journal que Patrick Alfez a fait un infarctus hier vers dix heures quinze du matin, quelques minutes seulement avant mon appel. D'après le journal, sa vie n'est pas en danger et il devrait sortir de l'hôpital rapidement. Je suis aussitôt parti acheter une nouvelle bibliothèque de 90 centimètres. Avec ça il devrait tenir encore longtemps.
David Thomas, La patience des buffles sous la pluie, édité chez Bernard Pascuito
29 juin 2009
Dans le courrier ...
On s'interroge sur l'influence de la diffusion du film "Home" sur le résultat des européennes. Mais s'interroge-t-on sur l'impact des 200 euros de chèques-emploi-service reçus deux jours avant les élections dans la boîte aux lettres d'un million et demi de foyers français ?
Avant on consultait son médecin.
Aujourd'hui, d'après la pub, il faut consulter son banquier.
Je pensais pourtant que c'étaient les banques qui étaient malades.
Thierry Talbot (Le Havre)
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Offensive de paix, quel bel oxymore !
27 juin 2009
Nature morte
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses
l'espace d'un matin.
25 juin 2009
L'origine de la chauve-souris
Diély Boukary, de Bamako, est un excellent griot, qui sait avec art pincer les cordes e sa cora et en tirer une mélodie dont la mélancolique harmonie évoque l'épopée des aïeux disparus. Il sait aussi, qualité non moins précieuse pour un griot, égayer les veillées de contes et de récits plaisants. Certains y trouvent prétexte à rire, d'autres des sujets de réflexion, d'autres encore des leçons morales ou spirituelles.
Un soir il débuta la séance par cette exclamation fraternelle :"Ô Maison mère, Ô enfants de cette maison !" ... Puis il nous conta l'origine de la chauve-souris, au tout début du monde.
Il y a longtemps, bien longtemps, il n'existait sur notre terre que les herbes des champs, les oiseaux et un petit carnassier : le renard. Ce dernier, aussi agile qu'un épervier et plus vorace que le feu de l'enfer faisait un véritable carnage parmi les oiseaux. Il les croquait soir et matin, petits ou gros, jeunes ou vieux, avec tant d'appétit qu'un jour il n'en resta plus qu'un seul sur la terre. Lorsqu'il s'en rendit compte, le renard se dit à lui-même : "Tant pis ! Cet ultime individu subira le sort de ses semblables. La loi du ravitaillement de mon ventre est inexorable."
Dès lors commença entre les deux animaux une partie acharnée et mouvementée. La chasse allait se terminer tragiquement pour l'oiselet quand celui-ci, au moment où la griffe de son ennemi allait s'abattre sur lui, s'écria dans une inspiration subite :
" Eh ! Renard ! Je suis l'unique survivant de tous mes congénères. Dernière semence de tous les oiseaux à venir, qu'ils soient du jour ou de la nuit, du lac ou de la forêt, de la grève ou de la dune, je suis leur seul espoir. Je t'en prie, Frère Renard, au nom de la compassion, accorde-moi la vie sauve !"
Pour une fois, le père de tous les renards oublia son propre intérêt. Il accepta d'avoir faim et de souffrir afin de laisser vivre le dernier représentant de la race qu'il avait lui-même anéantie. Mieux encore, pour se faire pardonner, il offrit à l'oiselet son amitié et lui demanda la sienne.
L'accord fut conclu. Le renard devint frugivore. Il ne buvait plus de sang chaud, sa nature se tempéra, il devint même galant et prévenant. Chaque jour, en effet, il ne manquait pas de rendre visite à son amie renarde.
Ainsi allèrent les choses tandis que sous la surveillance du créateur les années s'écoulaient, que la Terre se déroulait comme un tapis et qu'apparaissaient montagnes et végétation.
Enfin, le temps, cet outil magique, usa la querelle qui avait opposé le renard à l'oiselet. Avec les saisons, ce dernier était d'ailleurs devenu une charmante oiselle de son espèce. Parée d'un plumage multicolore, elle était si séduisante qu'elle en vint à conquérir le cœur du renard. Et pour lui ce fut l'amour.
Les deux anciens ennemis en vinrent au dénouement de tout amour heureux et ils accomplirent - j'en demande pardon à vos oreilles - ce que les bergers peuls nomment en termes polis "kiri kipp".
De cette union hybride naquit un être entièrement nouveau : la chauve-souris aux ailes membraneuses, l'être volant aux dents pointues mais qui allaite son poussin. Et voilà pourquoi la chauve-souris est mammifère parmi les oiseaux, et oiseau parmi les mammifères.
Ici finit le conte.
Amadou Hampâté Bâ
Contes choisis et présentés par Hélène Heckmann, Paris, Stock, 1999. Amadou Hampâté Bâ, disparu en 1991, est resté pour un large
public l'image exemplaire du grand sage africain. Il a laissé dans ses
archives de nombreux documents inédits dont Hélène Heckmann, son
infatigable exécutrice littéraire, continue d'assurer la publication.
Elle a réuni ici une nouvelle série de « contes de la savane », les
premiers ayant été publiés en 1987 à Abidjan, puis réédités chez Stock
et joints au texte de Petit Bodiel (1994). Une courte introduction nous
rappelle le goût qu'avait Hampâté Bâ pour les contes, l'importance de
leur valeur pédagogique et les leçons de morale qu'il se plaisait à en
tirer. Des commentaires de sa main figurent à la fin des textes.
[...]
Le style de ces textes n'est pas celui de l'oralité ; ils ont
visiblement été réécrits en français par Hampâté Bâ, sous une forme
littéraire, où l'on retrouve son style très personnel et son humour.
[...]
Dans ces petits
textes sans prétention, nous retrouvons un peu du charme d'Amadou
Hampâté Bâ conteur et de la vivacité de sa parole.
Geneviève Calame-Griaule
22 juin 2009
Le mur
de mes amis forumeurs

Gantanamo, les terroristes libérés semblent vraiment dangereux.
rainai![]()

Campagne des Européennes : des militants s'esquivent discrètement avant la fin des discours
ou
Windows : des portes ouvertes du vide vers le désert ...
... et réciproquement
ou
Attention, en cas de panne de courant le bébé peut s'échapper du réfrigérateur.
Cqfd![]()

Une poule sur un mur ...
ou
Même la fille de Rachida ne veut pas aller à Strasbourg !!
ou
Nous sommes tous des emmurés vivants !
ou
Casse-toi, p'tit con !
ou
Étonnant Claudius ! il a immortalisé un spermatozoïde franchissant le stérilet.
ou
A force de se taper la tête dans le mur, Bayrou a ouvert une brèche.
ou
Aibus rappelle qu'il est interdit d'ouvrir les hublots pendant le vol
ou
Le mur des larmes, tentation ...
ou
Le mossad a t-il-volé au KGB le plan du mur ?
ou
Ne congelez plus vos enfants, jetez-les par la fenêtre.
ou
A la trappe l'Hadopi !
Pascal![]()

Image d'un délinquant juvénile sortant de l'école sans autorisation.
Fantasio![]()

On la fait pas à un jeune cinéphile ! Truman Show, ce sera sans lui !
marieln![]()

Salut les gars, non j'ai pas de coke, c'est pénu !
ou
Les snipers rajeunissent et lancent des bombes à eau.
Lalla![]()

Les enfants palestiniens traversent les murs, Gohst Busters, viiite, à leurs trousses !
Nad![]()

"Je suis un petit garçon qui regarde par l'ouverture d'un mur de béton", aurait-il déclaré.
Dave![]()

LA POOOOOOOOOOOOOORRRRTTTTTTTTTTE !
marcoilbiondo![]()

Faites le mur, pas la guerre.
aigle4![]()
19 juin 2009
Les clandestins de la culture
Je voudrais vous faire partager un article de Beaux-Arts magazine.
Une organisation secrète, nommée UX, programme des évènements culturels clandestins depuis quinze ans. Beaux Arts a rencontré ces excentriques qui ont notamment restauré l'horloge du Panthéon en douce ... Un entretien underground.
La notion de patrimoine agrège souvent des clichés tenaces : seuls les barbons et réacs de tous bords auraient la passion des vieilles pierres et du bel objet. Un ouvrage dément aujourd'hui la légende : il fait le portrait des Untergunther, de sympathiques forcenés qui restaurent clandestinement des lieux et objets du patrimoine. L'auteur, Lazar Kunstmann, porte-parole du groupe, raconte notamment comment, durant toute l'année 2005, huit personnes ont tranquillement installé un atelier de restauration dans les combles du Panthéon et réparé le mécanisme d'une monumentale horloge. Le tout au nez et à la barbe des équipes de sécurité.
Retour sur cet étrange épisode (extraits)
Qui sont les Untergunthrer ?
Lazar Kunstmann : C'est un groupe d'une dizaine de personnes spécialisées dans la restauration du patrimoine. Elles font partie d'une organisation, l'UX, qui comprend une centaine de personnes, réparties en une douzaine de groupes. L'ouvrage se concentre sur les activités de deux groupes seulement, les Untergunther et la Mexicaine de performation qui organise des spectacles et des projections cinéma.
[...]
Les quelques exemples que vous développez dans le livre (la restauration de l'horloge du Panthéon, la projection clandestine de films...) sont-ils l'arbre qui cache la forêt ? Y a-t-il beaucoup plus d'opérations en cours ?
Oui, si je parle de ces opérations, c'est parce qu'elles sont venues, malgré nous, à être connues. Le festival Urbex Movies, qui a eu lieu pendant cinq ans dans une cavité sous la Cinémathèque, s'est arrêté quand nous avons été dénoncés en 2004. La restauration de l'horloge nous a valu un procès ubuesque en 2006. Les autres opérations, et elles sont nombreuses, doivent rester clandestines.
[...]
Peut-on parler dans le cas de l'Untergunther de pure philanthropie ?
La question se pose en effet puisque nous restaurons gratuitement des choses que personne ne verra jamais. Nous ne nous intéressons qu'au patrimoine non visible, non accessible au public, qui ne sera jamais restauré si nous ne le prenons pas en charge. La seule motivation des Untergunther est donc de ne pas voir disparaître des choses auxquelles ils tiennent. Etant quasiment les seuls à y avoir accés, ils se sentent vis-à-vis d'elles une forme de responsabilité.
[...]
Vous poussez loin l'engagement puisque, en ce qui concerne l'horloge du Panthéon, vous vous êtes posé la question de sa maintenance ...
Une fois l'horloge réparée, nous nous sommes demandés qui pourrait remonter le mécanisme une fois par semaine. Nous avons écarté l'hypothèse d'un gardien, car si vcette horloge était cassée, c'est précisément parce qu'elle avait été sabotée, à coups de barre de fer, par un factotum lassé sans doute de devoir monter régulièrement les étages pour la remonter. D'un commun accord, et c'est la première fois que nous le faisions, nous avons pris rendez-vous avec l'administrateur du Panthéon, Bernard Jeannot. Il s'est montré enthousiaste quand nous lui avons expliqué l'affaire et montré notre atelier clandestin de réparation. Malheureusement il y avait aussi son adjoint à ce rendez-vous, Pascal Monet, et quand ce dernier a pris la place de Bernard Jeannot, il a porté plainte. L'affaire a été médiatisée inutilement puisque la cour a jugé que la réparation de patrimoine ne constituait pas un délit. Ce qui est regrettable, c'est que l'horloge ne fonctionne plus de nouveau. Pascal Monet a fait enlever une pièce du mécanisme pour couper court aux problèmes de maintenance.
[...]
Propos recueillis par Natacha Wolinski
Et voilà comment un obscur fonctionnaire détruit le travail fait par des bénévoles pour ne pas avoir à assumer une partie de sa charge. Tiens Carlito, pour remplacer l'inénarable Albanel à la culture je te suggère un nom : Pascal Monet. La continuité dans la médiocrité sera assurée.
16 juin 2009
Paris, 13 juin 2009
Boulevard Haussman, 19 heures
Boulevard de Clichy, 22 heures
Place d'Estienne d'Orves, 22 heures 35
Entre temps, visite chez Peter Thulstrup, dans son restaurant La Petite Sirène de Copenhague, rue Notre-Dame de Lorette dans le 9ème arrondissement.
La carte était séduisante, mais les propositions de l'ardoise, présentées par Peter, également. La cuisine est simple mais d'une grande finesse avec des mariages qui surprennent les papilles et parfument agréablement l'arrière gorge.
Le hareng est parsemé de petits morceaux de pommes au goût légèrement alcoolisé et il est adouci par une crème à l'aneth, un régal !
L'allergique que je suis a fait cadeau aux deux dames qui l'accompagnaient de sa galette de courgettes que Peter a remplacé par une cocotte de petites pommes de terre au beurre parfaitement goûteuses.
Cette part de bleu danois était accompagnée d'un pruneau mariné au vin rouge et saupoudré de canelle.
Emporté par ma gourmandise, j'ai pris la photo un peu tard; la présentation de cette poêlée de cerise avec son pavé de glace était à la mesure de la finesse de ce dessert qui marie le chaud et le froid.
Un repas arrosé d'une akvavit au jubilaeum glacée et d'un bon bordeaux blanc sec, si vous appréciez moyennement la bière.
Tombé sous le charme de Paris, Peter Thulstrup, natif de Copenhague, venu en France parfaire ses connaissances culinaires (La Tour d’Argent, Le Crillon…), a fait le choix d’ouvrir son restaurant en l’axant sur les spécialités de son pays dans un esprit bistrot et convivial à la mode scandinave. Salade de harengs aux pommes et raifort, saumon cru mariné à l’aneth, filet de carrelet à la danoise, magret d’oie aux cerises, fricadelle de viande, sole aux pommes vapeur et à l’aneth, etc… les recettes suivent avec exactitude le calendrier culinaire danois. Nombre de produits viennent en direct du royaume : les divers saumons, les harengs, les fromages tout comme les bières et l’aquavit, Peter prenant son rôle d’ambassadeur gastronomique de son pays très au sérieux. Souriant, chaleureux, il n’est pas avare d’explications quand il s’agit de décrire aux néophytes, au moment de la prise de commande (dont il s’occupe personnellement), chacune des spécialités figurant à la carte.
"Enkelt og smagfuldt !" : "Ce n'est pas grand-chose, mais c'est délicieux !"
13 juin 2009
Transpersienne
Comme dans la plupart des appartements d'en face, il n'y a plus de lumière à ta fenêtre. Cela fait plus de dix minutes que personne n'est passé dans la rue et l'asphalte mouillé brille sous l'éclairage nocturne. A présent, je ne peux pas te voir, tu as éteint la lumière et l'immobilité du lieu me fait supposer que tu es parti. Mais peut-être que je me trompe, peut-être que tout ceci n'est qu'une erreur d'interprétation de ma part et qu'en réalité la nuit s'est déroulée d'une autre façon, là-bas, derrière les deux vitres qui nous séparent.
Aujourd'hui, pour la première fois depuis tant de mois, je t'ai vu entrer accompagné. Tu as servi deux verres de whisky et tu as posé quelques bretzels sur la table basse. La femme s'est assise sur le canapé du salon tandis que tu rangeais la bouteille dans le bar, comme si, par ce geste, tu annonçais que ce serait le seul verre de la soirée et que la nuit serait courte. Je n'ai jamais entendu ta voix, mais je suis sûre qu'hier tes phrases étaient sèches et directes, presque cassantes. Elle, elle avait dans ses yeux l'expression des gens résolus. ses jambes dégageaient un aspect maladif, peut-être à cause des bas gris qu'elle portait. Vu de loin, le gris est une couleur atroce. Au début, tu affichais un air heureux, presque euphorique. Je ne sais combien de fois tu t'es assis à côté d'elle puis levé à nouveau, indécis. Le sourire d'amphitryon que tu gardais sur tes lèvres était aussi faux que le cuir de tes fauteuils. Mais tes yeux étaient aussi tristes que d'habitude, peut-être même un peu plus. Tu me fis de la peine. Contrairement à ses jambes chétives, sa poitrine était forte, généreuse, et elle débordait de son décolleté chaque fois qu'elle se penchait pour prendre un bretzel. Sa robe noire et flottante invitait à la dénuder. Je te surpris plusieurs fois à y laisser traîner tes grands yeux tristes. J'aurais tant aimé pouvoir être à sa place, là-bas, rien qu'un instant, les jambes ouvertes, triomphante, te sachant hypnotisé par les bras et le cou, par les seins et le décolleté qui se mouvait avec lenteur mais efficacité, comme la barre d'un bateau tenant fermement le cap. Toi, tu jouais le jeu mais, de temps en temps, flairant le danger, tu jetais aussi des coups d'œil inquiets en direction de la rue.
A aucun moment je n'ai allumé. Je suis entrée dans l'appartement discrètement et, après avoir suspendu mon sac au portemanteau, dans l'obscurité la plus totale, je me suis dirigée vers la chambre. Le rideau était déjà à moitié tiré. Je le laisse ainsi depuis que l'été a commencé et que tu as emménagé dans l'immeuble d'en face. La chaise reste là aussi. C'est la seule façon que j'utilise pour t'observer et, pour une raison étrange, je pense que cette chaise me porte bonheur.
Tu n'as presque rien bu. Tu l'as laissée finir les dernières gorgées de son verre et tu es sorti du cadre pour apparaître peu après dans la cuisine, où la lumière se reflète d'une façon plus crue sur le bleu clair du mur. Tu ne souriais plus. Sur ton visage se lisait plutôt une expression d'ennui, une moue indéchiffrable, comme un enfant sur le point de se mettre en colère. Je t'ai vu prendre des glaçons dans le réfrigérateur, un autre petit sachet de bretzels ainsi qu'un objet allongé enveloppé dans une serviette. Mais tu n'es pas tout de suite retourné dans le salon. Tu as posé ce que tu avais pris à côté de l'évier et tu as allumé une cigarette. A la fenêtre du salon, elle a ajusté ses bas gris, le décolleté de son chemisier et s'est tenue immobile quelques minutes, à t'attendre. Il n'y avait plus rien dans son verre, mais elle n'a pas pris l'initiative de se lever et d'aller jusqu'à la bouteille, elle semblait ne pas savoir quoi faire. Après avoir tiré quelques bouffées, je t'ai vu ouvrir la fenêtre et éteindre la cigarette sur le balcon. Le vent ne parvint pas à effacer de ton visage cette expression crispée. Tu as fermé à nouveau et tu es resté plusieurs minutes appuyé sur le rebord. Les persiennes étaient mi-closes, mais, même ainsi, il était facile de distinguer ta silhouette. A ce moment, je fus prise d'un léger malaise, comme un vertige. J'ai levé la tête et t'ai vu défaire ta ceinture avec les mêmes mouvements pressants qu'une personne qui suffoque. Pendant quelques secondes, j'ai pu observer ton membre en érection avant que ta main ne commence à aller et venir, vite, fort. Je fus surprise de le voir si sombre, de la même couleur que tes oreilles. En bas, le caleçon sur les chaussures. En haut, ta bouche entrouverte. Que se serait-il passé si soudain elle était entrée dans la cuisine pour te chercher et qu'elle t'avait découvert là, en train de te masturber en plein milieu d'un rendez-vous amoureux, comme quelqu'un qui, invité à un banquet, se jetterait sauvagement sur le réfrigérateur avant même de s'asseoir à table ? Mais elle attendait toujours sur le canapé, les jambes serrées à présent. On aurait dit une enfant punie qui ne comprend toujours pas la faute qu'elle a commise. Moi, pendant ce temps, je te regardais faire depuis ma chambre. Je réalisai que je me sentais honteuse. Comme si, brusquement, c'était toi l'intrus et moi la victime de ton indiscrétion. Je commençais à sentir une humidité entre mes cuisses, une humidité aussi pressante que tes mouvements. Sans réfléchir, j'ai ouvert un peu plus le rideau pour que tu me voies, en une vaine tentative de m'approprier ton dernier halètement de plaisir. Mais la lumière était toujours éteinte dans ma chambre et mon geste imprudent n'attira pas ton regard, désormais perdu dans le vide. Ta main a continué d'accélérer son rythme encore et encore jusqu'à ce qu'enfin tu éjacules sur la vitre. Alors, sans savoir pourquoi, je me suis sentie plus légère. Tout de suite après, sans un geste pour essuyer cette éclaboussure lactée qui coulait lentement sur la vitre, tu as refermé ton pantalon. L'expression de ton visage avait changé. La lumière bleutée et crue de la cuisine s'est éteinte et tu es réapparu dans le salon, où elle t'a accueilli avec une certaine impatience. J'ai tenté de me rassurer en me disant que tu ne m'avais pas vue, pleine de regrets pour mon imprudence, heureuse de te voir retourner dans le salon où elle t'attendait avec ses bas gris, son visage d'enfant ingénue et sa petite robe noire qu'elle n'aurait plus à retirer de toute la nuit.
Guadalupe Nettel, traduit de l'espagnol (Mexique) par Delphine Valentin
Le point de vue des éditeurs :
Un photographe fasciné par les paupières, une spectatrice de scène d'onanisme incongrue, un quidam qui découvre dans un jardin botanique sa vraie nature de cactus, un chasseur d'odeurs qui traque sa Fleur dans les toilettes pour dames ..., qu'ils soient monomaniaques, voyeurs ou paranoïaques, tous les personnages ici mis à nu portent l'obscur attrait des conduites déviantes jusqu'au cœur de notre Luna Park ordinaire. Certains tenten
t d'en guérir, les autres se laissent porter par l'amer plaisir.
Tenant fermement son cap dans les eaux troubles du malaise, de l'obscène, de ce que l'on préfère généralement ignorer, l'auteur dévoile dans leur plus déconcertante intimité les âmes tourmentées qui croisent notre route. Dans la grâce équivoque que recèle cette zone grisée, frontière entre la beauté et la laideur, erre souvent le "monstrueux" qui nous habite.
Guadalupe Nettel est née à Mexico en 1973. Elle collabore à différentes revues et suppléments littéraires et est l'auteur de deux recueils de nouvelles et d'un roman : L'Hôte (Actes Sud, 2006). Pétales a obtenu au Mexique les prix Gilberto Owen et Antonin Artaud.
10 juin 2009
Les deux pêcheurs
La mort alla voir le vieux.
Elle y allait presque chaque jour désormais.
Elle s'asseyait à côté de lui sur le rivage et le regardait pêcher.
Quand le vieux attrapait un poisson et le remettait à l'eau la mort secouait la tête.
Le vieux humait l'odeur des algues apportées sur le rivage par les vagues.
Il disait en riant :
- Elles sont mortes, mais les respirer fait du bien aux poumons.
- Tu peux rire, vieux, disait la mort, et elle s'abritait du soleil avec un vilain chapeau de paille défoncé.
Le pêcheur observait les couleurs de la mer peintes par le vent à grands coups de pinceau, une ligne claire de bonace et, au loin, une ligne indigo de mistral, et il songeait aux îles qu'il avait visitées.
La mort pensait aux galions engloutis, aux squelettes qui les habitaient, à d'antiques batailles.
Le fil vibrait, très fin, quasi invisible, suspendu entre deux mondes.
- Les vagues sont toutes différentes, disait le vieux. Si tu les écoutes bien quand elles se brisent sur le rivage, tu n'entendras jamais deux fois le même son. La mer est une grande musicienne. Et les poissons aussi sont tous différents. Il y aura toujours un reflet, une broderie sur la queue, la miniature d'une écaille que tu n'avais jamais vu auparavant.
- Les soldats aussi semblent tous pareils, dit la mort d'une voix sombre. Il faut en avoir vu mourir beaucoup pour percevoir la différence.
Un nuage cacha le soleil, et le vieux frissonna.
- Il est temps que tu viennes avec moi, vieux, dit sévèrement la mort. Tu es très âgé, désormais tu as du mal à voir ta ligne, les poissons t'échappent. Et quand tu en prends, tu les laisse partir parce que tu penses qu'ils te ressemblent. Pourquoi veux-tu vivre encore ? Qu'espères-tu ?
- Peut-être m'arrivera-t-il encore quelque chose de beau. Tu me passes un ver ?
La mort enfila le ver dans l'hameçon avec dextérité. Puis elle dit :
- Que veux-tu qu'il t'arrive encore ? Tu passes ton temps à être malade et insomniaque, et tu ne fais rien d'autre que te souvenir. Tu ne vis que dans le passé désormais.
peut-être as-tu raison, dit le vieux.
Le vent tourna et les barques amarrées se mirent à pivoter sur elles-mêmes, comme si elles dansaient.
Le vieux captura un petit poisson d'argent au col noir et le rejeta à l'eau.
- Je ne t'ai jamais parlé de cette langouste qui s'était échappée du panier et qui avait marché jusqu'à la mer ? Elle courait comme un chat, je te le jure.
- Tu me l'as raconté au moins dix fois. Et moi, je t'ai raconté ce qui s'est passé avec Raspoutine ?
- Au moins dix fois, toi aussi. On se connait depuis longtemps, mort.
- Oui, depuis longtemps. Depuis la mort de ton chien.
- Non, dit le vieux. Ça ne date pas de ce moment-là. Ce fut très triste, je n'avais que sept ans. Mais je pensais que Billy n'était pas mort, qu'il avait juste fait un saut trop long. C'était un grand sauteur, il avait bondi de l'autre côté du monde. Pendant longtemps j'ai joué avec lui, je lui parlais et i, me suivait. Toi tu n'étais pas encore là.
- Je ne me souviens pas, dit la mort.
-Tu te souviens très bien, dit le vieux. J'ai fait ta connaissance l'année suivante, quand j'ai vu mon frère sur son lit, pâle et le front bandé. Aors tu es venue près de moi. Et depuis c'est à ta pensée que j'ai été le plus fidèle.
- Merci, dit la mort en s'inclinant.
- Et toi aussi tu m'es fidèle, dit le vieux. Tu sillonnes le monde, mais je sais que tu te souviens toujours de moi.
A présent, la mer était calme et transparente. La ligne était une flèche plantée dans la mer, immobile et argentée. Le silence parut excessif, même à la mort.
- Tu penses que je suis injuste, vieux ?
- Injuste, inutile, cruelle
- Pourquoi me parles-tu alors ?
- Que puis-je faire d'autre ?
- Peut-être pourrais-je ne pas être injuste, dit la mort. Mais si j'étais juste, la vie aussi devrait changer, tu ne crois pas ? On penserait à moi différemment, rien ne pourrait être comme avant. Rien de ce qui est ne subsisterait. Ne serait-ce pas une mort, cela aussi ?
- Tu parles trop, mort, tu effraies mes poissons.
- Et oui. Tu sais, pour eux aussi la mort est injuste.
- Oui, je le sais. C'est une pensée qui parfois m'empêche de dormir.
Le vieux parut soudain immensément triste.
- Quel est le moment le plus heureux dont tu te souviennes, vieux ?
- Oh, il y en a beaucoup , répondit le pêcheur.
- Le premier qui te vient à l'esprit.
- Il y a plusieurs années, un jour d'été comme celui-ci, mon fils et moi étions allés pêcher. Il avait huit ans. En marchant sur la plage, nous rencontrâmes un champs de tournesols. Il était immense, il escaladait une colline, telle une vague, puis l'enjambait et déferlait, le monde entier semblait d'or. Nous entrâmes dans ce champ. Nous nageâmes dans une mer bruissante, pleine d'odeurs et d'insectes. Au moindre souffle du vent les fleurs bougeaient toutes en même temps, comme des bancs de poissons, aucune ne donnait d'ordre, elles savaient où aller. Chaque tournesol était différent de l'autre. Comme les vagues, comme les sodats. Mon fils et moi nous étions tout près l'un de l'autre. Je le protégeais et il me protégeait. Nous montâmes jusqu'au sommet et vîmes un grand océan, assoiffé de soleil. Puis nous revîmes sur nos pas. Un ami nous avait vus. C'est pourquoi j'ai une photo de ce jour. Chaque fois que je suis triste je la regarde.
- Quel beau souvenir, dit la mort. Mais quel rapport avec l'espoir ? Ton fils est grand désormais. Le champ de tournesols n'existe plus, peut-être. Ton ami est mort. Et toi tu ne peux plus pêcher, tu es presque aveugle, tu ne distingues plus un denté d'une daurade.
- Et toi, tu ne distingues plus les soldats des enfants, dit le vieux.
Le soleil descendait, les lampadaires de la jetée s'allumèrent et éclairèrent les chevelures des palmiers. Au loin on vit l'éclair d'un phare.
- Même les signaux des phares sont tous différents, dit le vieux. Celui qui est là-bas, par exemple ...
- Ne détourne pas la conversation, dit la mort en l'effleurant de la main. Alors, qu'espères-tu pour ton avenir misérable, vieux ?
Le vieux regarda au loin.
- J'espère revenir encore, avec mon fils, dans ce champ de tournesol, répondit-il.
- Mais cela n'arrivera pas ! dit la mort, excédée. Tu mourras et ça n'arrivera pas !
- Ne te mets pas en colère, dit le vieux. Je mourrai, c'est vrai. Mais tu ne peux pas me convaincre que cela n'arrivera pas. Tu ne peux rien contre cet espoir. Ce n'est ni une question de foi, ni une question de peur. Même toi qui es près de moi sur la Terre, tu ne sais pas ce qui arrivera.
La mort resta silencieuse.
- Et sache, poursuivit le vieux, que même si je me décidais de mourir, si je m'ôtais la vie, même alors tu ne m'enlèverais pas cet espoir. Je reviendrai dans ce champ, avec mon fils.
La mort rit amèrement et lança un caillou dans l'eau. Le caillou s'abîma sans bruit. Puis elle se leva, et le vent fit s'envoler son vilain chapeau. Elle était pleine de rides. Elle ressemblait au pêcheur.
- On se revoit demain, vieil entêté. J'ai du travail sur l'autoroute cette nuit.
- Vas-y doucement, dit le voeux.
- Allez-y doucement, vous, dit la mort. Elle reprit son chapeau, se l'enfonça sur la tête et regarda la mer. Elle semblait ne pas avoir envie de partir.
- Et il est où ce champ de tournesols ? demanda-t-elle.
- Demain je t'y emmène, dit le vieux.
07 juin 2009
Grippe
Atchiii ! Putain de grippe !
ou
... de mes amis forumeurs :
"Du beau temps ce week-end sur toute la France. Attention cependant des orages forts très localisés pourront éclater en fin de journée de l'Aquitaine et Midi-Pyrénées au Pays de la Loire et la Bourgogne." (Jacques Kessler)
Diapason
Une promesse du candidat Sarkozy enfin tenue ! Le nettoyage au Kärcher de La Courneuve.
Fantasio
Les radars jedo, pour punir les piétons indociles : merci à la nouvelle droite décomplexée.
Moufette
Bordel, en plus de la comète je vais me prendre le trottoir!
pierre_b
On sait enfin pourquoi les Chinois ne devaient pas cracher pendant les JO de Pékin !
ou
Spectaculaire pluie de grêlons dans le Rhône
ou
H1N1 a encore frappé
Gihefel
Il vous l'avait promis, Il va tout nettoyer au Karcher
ou
Réponse du Congrés américain au plan Obama visant la fermeture de Guantanamo
rainai
Éjaculation de King Kong ... on distingue très nettement le spermatozoïde gagnant !
ou
Alain Bernard, sans combinaison spéciale il va beaucoup moins vite !
ou
Je te vois ! casse-toi pôv'con !
ou
A l'eau bénite, benoît 16 lave plus blanc les péchés
ou
Claudius a immortalisé jésus faisant un cunnilingus à marie-madeleine, femme fontaine
ou
Européennes : encore une douche froide pour le PS et Harlem Désir ?
ou
Roland-Garros : Gasquet préfère la neige à la pluie.
ou
Pour lutter contre les petits merdeux utilisez la chasse d'eau.
ou
Sortie de prison de Julien Coupat, l'ultra gauche sabre le champagne !
Pascal
Plan Canicule : encore quelques réglages à prévoir mais tout devrait être au point à l'arrivée de l'été.
ou
Tour d'Italie : Lance Armstrong est ponctuel à tous les contrôles urinaires antidopage.
ou
En période de rut le lama du zoo de Vincennes est violemment irascible.
ou
Il faut éviter de déranger l'éléphant d'Afrique (oxodonta africana) lorsqu'il est en train de boire.
Cqfd
... et enfin, en ces périodes tennistiques, une petite passe d'armes ...
Pascal : "fuite à la centrale de Tricastin ... il fait moins le mariole le Cqfd !"
Cqfd : "Consigne au personnel du McDo : n'essayez jamais de servir une bouteille d'eau minérale à Pascal R. de Dijon"
Rainai : "Consigne à monsieur Cqfd, ami de monsieur Pascal R. de Dijon : n'essayez jamais de l'inviter au McDo surtout en lui certifiant que l'eau y est fameuse."
31 mai 2009
Brocante
Histoire courte
28 mai 2009
Les habitudes
A la demande de l'ami Fantasio, quelques précisions sur mes habitudes de lecture
Page cornée oui marque-page ?
Marque-page, évidemment. Abimer un livre quel sacrilège. De plus j’ai de très beaux marque-pages.
As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?
C’est même mon cadeau préféré ; suite à de quelques désillusions, j’ai ouvert une liste chez Amazon.
Offrir un livre en dit autant sur celui qui offre que sur le destinataire.
As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Comme beaucoup d’amateurs de lecture, je pense. Mais je me suis aperçu très vite que ma carrière de lecteur serait beaucoup plus profitable au monde de l’édition qu’une production personnelle. J’ai éprouvé un ennui désespérant à lire les quelques tentatives que j’ai commises et j’ai une immense gratitude pour le manque d'imagination, le style pourave et, pour tout dire, la fainéantise qui m’a évité de dépasser la page 5 d'une oeuvre qui aurait été aussi indigeste que la collection reliée du Journal Officiel.
Lis-tu dans ton bain ?
Oui, qu’y faire d’autre lorsqu’on n’est pas assez fatigué pour y sommeiller ou lorsque les années de mariage ont repoussé à d’autres lieux les jeux érotiques ? S’y laver, certes, mais pendant le temps de trempage …
As-tu un livre culte ?
L’Ecume des jours de Boris Vian … pour le livre et pour le bonhomme. On manque cruellement de rues, de places, de jardins ou d’écoles Boris Vian dans ce pays.
Aimes-tu relire ?
Pas trop. Mon genre de lecture c’est principalement de la littérature policière, d’intrigues, alors …
De plus, lorsque ça m'est arrivé, j’ai rarement retrouvé le même plaisir de lecture que la première fois.
Que penses-tu des séries en plusieurs tomes ?
Pas trop client. Pourtant j’aime bien les héros récurrents. Mais lire une saga familiale sur plusieurs volumes, par exemple, ne m’attire pas. A la réflexion j’avais pourtant bien aimé, il y a quelques lustres, la série de Max Gallo (un type que je ne supporte plus aujourd’hui, l’un de nous deux doit mal vieillir) sur une famille d’Italiens arrivant à Nice.
Rencontrer ou pas les écrivains des livres qu‘on a aimé ?
Pas mal de ceux que j’aurais aimé rencontrer sont morts. Les autres m’intimident.
Comment choisis-tu tes livres ?
Les propositions des autres : bibliothèques, radios, télévision, blogs et forums, librairies et étals de bouquins divers, magazines (spécialisés ou non).
Lorsque j'ai aimé un(e) auteur(e) je recherche la totalité de sa production.
Comme beaucoup, je lis le 4ème de couverture et j'ajoute la lecture de la première page et de 2 ou 3 pages intérieures choisies au hasard.
Lorsque je prends un bouquin et que celui-ci me déplait, je vais tout de même jusqu'au bout. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis incapable d'abandonner un livre avant la dernière page. Je le sais et c'est pourquoi j'hésite assez longtemps avant de m'engager dans une lecture.
Une lecture inavouable ?
J’ai bien du lire quelques SAS à l’occasion de voyages en transports en commun qui m’apparaissaient un peu long à supporter et pour lesquels je n'avais rien prévu. C’est le seul genre de bouquin que j’achèterais dans une librairie de gare ou d’aéroport et que j’abandonnerais sur le siège ou la banquette en quittant la machine.
Un livre idéal pour toi, ce serait ?
Je n’ai pas de réponse.
Les livres qui me plaisent sont tous des livres idéaux ; ça m’embête presque de les finir. Un livre idéal finalement serait peut-être un livre qui m’aurait beaucoup plu mais que je quitterais sans la nostalgie de l’avoir déjà terminé. C’est pas clair, hein ? c'est normal, c'est pour vous montrer pourquoi je ne me suis pas lancé dans l'écriture.
Aimes-tu parler de tes lectures ?
Oui, mais je ne sais pas le faire.
[mode flagornerie] Mon rêve serait d’être capable de tenir un blog comme celui de Fantasio, un genre de blog qui vous pousse à faire connaissance avec un livre, voilà une manière de parler des livres [/mode flagornerie], mais je n’en n’ai pas le talent. De plus, peu de gens de mes sphères de la vie réelle lisent ou aiment le même genre de livres que moi, donc les conversations autour de la littérature tournent vite court. C’est pour cela que, pour pousser d’éventuels lecteurs de mon blog à partager un livre ou un auteur avec moi, lorsque je trouve un recueil de nouvelles qui me plait, je me contente de copier une ou plusieurs de ces nouvelles; un genre de piratage diront certains; possible, mais je n’en ai aucune honte.
Un endroit particulier pour lire ?
Il me suffit d’avoir un peu de temps et je peux lire partout si j’ai ce qu’il faut sous la main. Petite préférence peut-être pour mon bureau (parce que j’ai ce qu’il faut pour écrire) ou alors mon fauteuil que je trimballe du salon à la véranda, de la véranda au jardin et vice-versa suivant l'humeur de la météo ou les velléités de bricolage du voisinage.
Télé, jeux vidéo ou livres ?
Moi c’est plutôt internet, lecture, télé (par ordre décroissant de temps). Mais les lieux ou les gens que je fréquente sur internet ont souvent un rapport avec les livres.
Télé parce que j’aime les films et que je n’ai pas un budget suffisant pour le cinéma, donc je consomme du DVD et de la télé sous forme de « bouquins » filmés.
Finalement, j’aime qu'on me raconte des histoires, quelle que soit la manière.
Lire en musique ou en silence ?
Mon cerveau n’est hélas pas équipé pour lire dans un environnement musical.
Lire par dessus l’épaule ?
Non. Je n’aime pas qu’on le fasse sur mon épaule, donc je ne lis pas par dessus l’épaule des autres.
Lire un livre électronique ?
Pourquoi pas, je n’ai jamais essayé. Mais si le confort de lecture (du point de vue de la vision) est augmenté, oui, bien que j’aime également l’objet livre. Mais ce qui importe est tout de même l’histoire donc, vu mon grand âge, tout ce qui concourt à faciliter ou à rendre plus confortable la lecture est un plus.
Livres empruntés ou livres achetés
Bien souvent empruntés. J’ai trois bibliothèques à ma portée + les occasionnelles ce qui m’assure une source quasi inépuisable et régulièrement renouvelée d'opportunités de lecture. Je n’achète que des livres bien spécifiques qu’il faut que je garde tout le temps sous la main pour les avoir sans les rechercher, lorsque j’en ai besoin. Lorsque je voyage j’achète souvent sur la région concernée.
Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ?
En cours j’ai "Le club des policiers yiddish" de Michael Chabon et le prochain est "Petits désordres au château" de Stéphanie Mesnier.
As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?
Je ne m’en souviens pas. J’ai horreur de ça.
Quel est le premier livre qui a infuencé ta vie
Les livres de français de l'école qui m'ont donné le goût de découvrir des histoires;
"l’Ecume des jours", déjà cité plus haut qui m'a fait découvrir que la trangression des règles d'écriture, l'imagination et l'invention dans le vocabulaire pouvait considérablement augmenter mon plaisir de lire
"Allons z'enfants", d'Yves Gibaud, un livre que j'ai découvert grâce à la liste de bouquins interdits qu'on m'avait communiquée lors de mon service militaire; il m'a conforté dans mon antimilitarisme et ma haine de l'intolérance.
Mais celui qui m’a marqué pendant la période la plus longue est « last exit to Brooklin» d’Hubert Selby junior. J’ai mis plusieurs semaines pour m’en remettre.
Je laisse ce questionnaire à qui le prend.
Cependant, comme ce genre de chaîne permet de faire connaître d'autres blogs (il m'a permis de lire "Soie dit en passant") je préviens tout de même les gens ci-dessous que je les cite et que, si l'exercice ne les rebute pas, leurs réponses m'intéressent
Lucile, parce que c'est sa première chaîne et parce que nous faisons bureau commun, entre autre
Laurence, parce que c'est une grande lectrice et parce que je crois connaître une partie de ses réponses
Marilyn, parce que le point de vue d'une étrangère aimant la langue française est toujours intéressant à découvrir
Gaston, parce que c'est le créateur d'un site de forums rempli d'esprit(s) et parce que ses trouvailles lexicales m'enchantent
Marco, parce que j'en connais trop peu sur lui
25 mai 2009
Solitude
... de mes amis forumeurs :
Recherchons couveuses professionnelles, urgent !
ou
Fini de ricaner, le professeur Benveniste a enfin amené la preuve par photo d'une présence au sein des petits granulés homéopathiques
ou
Pour aller voir au cinéma "Le passager de la pluie" avec Bronson et Jobert, on n'est jamais trop prudent !
Saoulfifre
- Chérie, t'as mangé quoi à midi ?
Mieloup
- T'es sûr que le match avait lieu aujourd'hui ?
ou
- La prochaine fois, faudra éviter le pâté !
moufette
Il reste 807 places disponibles
ou
Rolland-Garros, c'est plus ce que c'était !
ou
Les fans se sont pressés au dernier concert de Céline Dion
ou
On voit nettement que le virus de la grippe A réseiste aux tablettes de Tamiflu
ou
Européennes : Dati et Barnier s'emmerdent
ou
"Les amoureux qui s'bécottent sur les bancs publics, bancs publics, bans publics ..."
ou
- Dis, chéri, je crois qu'on s'est trompé de jour !
ou
Le scoop à Claudius ! Il a pu photographier Adam et Eve
ou
Elle a de belles dents, Rachida, néanmoins elle devrait soigner cette petite carie
Pascal
L'absentéisme aux assemblées générales des associations bretonnes devient alarmant !
Gaston Lebrave
Tapez 3615, code "rencontres"
Gihefel
Pénurie de personnel : M et mme Lustucru obligés de couver eux-mêmes leurs oeufs carrés génétiquement modifiés
ou
OM - PSG : si on évacue les supporters les plus débiles l'ambiance dans les tribunes est légèrement plus zen
ou
Pendant la lune rousse, les stocks de Tamiflu risquent de s'abimer sous la pluie
Cqfd
Meeting socialiste : la foule des grands jours !
Fantasio
22 mai 2009
Les 807
Si vous avez eu un jour la curiosité (et le temps) d'aller visiter les liens que je mets dans la colonne de droite, vous avez du croiser Eric Chevillard. En dehors de ses oeuvres qu'on peut se hasarder à qualifier de "classiques", ce joueur avec les mots tient un blog. Tous les jours (en dehors des vacances et absences diverses) il y place trois textes courts. C'est très souvent inattendu donc passionnant.
Au bout d'une année, il en fait un livre.
La toute première phrase de son blog c'était :
J'ai compté 807 brins d'herbe puis je me suis arrêté. Le jardin était vaste encore.
Un de ses admirateurs, Franck Garot, a eu l'excellente idée de créer un autre blog : les 807, sur lequel, deux fois par jour, à 8 h 07, il fait apparaître un aphorisme décliné de celui figurant ci-dessus, chaque aphorisme fait donc en principe référence au nombre 807.
J'ai voulu participer à ce jeu et je lui ai donc envoyé une série de trois phrases :
Elle présenta 807 fois des excuses pour les 807 gaffes de son président ; peine perdue, 2 ans et 77 jours plus tard, il fut réélu.
Le 8, le 0 et le 7 arrivèrent dans l'ordre, mais le 0 fut disqualifié : n° non conforme.
807, my name is Bond, Régis Bond
A ma grande surprise, deux de mes phrases ont été choisies.
J'ai trois autres propositions :
Quelle désespérance qu'un mets cuits sans cet amour que l'on doit à a cuisine bien faite.
Il effeuilla 807 marguerites avant de l'aimer à la folie
Il effeuilla 807 marguerites* avant de passer au clavier numérique
*une marguerite est également le nom du disque d'impression pour machine à écrire automatique
Et, évidemment, je ne pouvais pas garder à moi seul ce défi ; je l'ai donc proposé à mes compères du Fol Univers, et évidemment également le résultat ne s'est pas fait attendre
********** Cqfd **********
Au 807ème jour de grève de la grippe aviaire, le mouvement s'essouffle: on signale une certaine reprise d'activité en Amérique centrale, sous des noms d'emprunt.
J'ai fais 807 fotes a la dicté de Bernar Piveau!!!
Il y a 807 mots en "ude" dans le Dictionnaires des Gaffes, Bévues et Platitudes!! Vas-y Ségo!
Un matin, en l'an 807, Charlemagne s'est dit: "Putain! Déjà 7 ans que je suis empereur!"
807 gènes modifiés dans les chromosomes de José Bové n'en feraient pas pour autant un vrai paysan.
Au 807 ème top, il sera vachement tard.
La belle au bois dormant avait compté 807 moutons, ça va être galère pour la réveiller !
807 croyait depuis toujours être un nombre premier: c'est raté! On vient de découvrir qu'il est divisible par 3 !
807 mètres en vélo avant d'arriver au studio, et Noël Mamère arriverait presque à nous faire croire qu'il s'intéresse à l'écologie!
Renseignements ? Composez le 118 807, vous aurez des réponses aux questions que vous ne vous posiez même pas !
807 € au cours actuel ça fait plus de 1000$: bien fait pour ces salauds d'impérialistes US!!
808 ! Voilà un nombre magnifique: il est pair,palindromique, avec 2 axes de symétrie. A côté de ça, 807 c'est vachement quelconque !!
********** Gaston Lebrave **********
807 hallebardiers défilant sur les Champs Elysées ne passeraient pas inaperçus.
Oui, sans sept, il est plus facile de gagner à la bataille.
807 mots ne constitueraient qu'un dictionnaire fort succinct.
Si six scies scient six cigares, 807 scies scient 807 cigares.
********** Pascal **********
807 ... Peugeot licencie
Marseille bat Lyon 80 à 7
807 voix de plus que le nombre d'inscrits ? On est chez Tibéri !
8h07 à ma Rollex ...'tain, elle retarde !
807 milliards de mille sabords !!
Elle a gardé de tous ses amants le même souvenir. Aujourd'hui elle a 807 poils sur la langue
Dorénavant, au loto, il faudra trouver les 807 bons numéros.
Quant au tiercé, il y aura 807 chevaux au départ.
Au jeu de l'oie vous passerez 807 fois votre tour si vous êtes dans le puits, au scrabble les mots de 807 lettres compteront triple et au monopoly vous gagnerez 807 euros en passant par la case départ. Of course 1,2,3 soleil devient 1,2,3,.... 807 soleil !
Pour les Mexicains qui jouent au cochon qui rit, le but est de gagner 807 masques respiratoires.
Les grilles de sudoku se rempliront uniquement avec 8,0 et 7. Pour les mots croisés chaque grille de 20x20 aura 807 cases à remplir, démerdez vous !
Pour relancer Continental, il faudrait inventer des voitures à 807 roues
Candidat aux Européennes cherche 807 voix d'avance sur son adversaire.
Sa seizième benoit a pété dans son bain. Le nonce premier a compté 807 bulles !
Bientôt l'anniversaire de Jeanne Moreau. Pas sur que les 807 bougies tiennent sur le gâteau
Tintin continue son enquête, il en est à 807 boules de cristal
Et le oui sans sceptre d'Ottokar, constitutionnellement en Syldavie, ça peut le faire?
Tu crois que j'arriverai à écrire 807 conneries sur ce thème ?
Crise oblige... on ne dira plus en plein dans le mille mais en plein dans le 807
Pour renflouer la sécu, nous serons indemnisés à partir du 807ème jour d'arrêt de travail (et avec un peu de bol directement par les Pompes Funèbres ..!!!)
Un train part de Tarnac pour rallier Paris. Sachant que ce n'est pas un TGV et que Julien Coupat est toujours en prison, sachant que les militants de Sud sont tous en comité central à Palavas et que tous les sénateurs sont dans le train, où peut-il prendre 807 minutes de retard ?
Je me souviens avoir appris à la communale que le Mont Blanc culminait à quatre mille 807 mètres
Si tu passes à 807 km/h devant un radar, il a pas le temps de te flasher (merci qui ? merci Pascal !)
Je me suis endormi au 807ème chapitre des aventures de Ségolène au PS
Le manifeste des 807, c'est un collectif de 807 chèvres dénonçant le sadisme dans la légion
S'il te plait, dessine moi 807 moutons
Avec des bottes de 807 lieues le lièvre aurait largement mis la pâtée à la tortue
En 807 avant jésus christ, il existait pas !
Avec Alli, puis je reprendre 807 fois du dessert ?
J'attends avec impatience les déclarations de benoit 807 !!
Faut tourner 807 fois sa langue dans la bouche de sa (son) partenaire pour qu'elle (il) comprenne que tu l'aimes
-un bouddha à 807 bras, tu te rends compte en faisant la manche du pognon que tu peux te faire!
Avec 807 piqûres Armstrong peut faire un bon tour de france
D'éric besson : "bon j'en ai encore 807 à foutre dehors pour le mois de mai"
De marie georges buffet : "si seulement on était 807 adhérents" !!!
Chez les talibans la lapidation est valable que si 807 pierres ont été jetées, si la meuf meurt avant c'est pas du jeu faut lapider sa soeur ou sa mère pour compenser et arriver au chiffre magique
Si six scies scient six cyprès, 807 scies scient 807 cyprès
Scandale au couvent : une nonne a dérobé 807 cierges
En garde à vue : pour la 807ème fois nom-prénom-âge-adresse et qualité
Un mille pattes s'est cassé la gueule dans les escaliers. 193 pieds dans le plâtre et 807 contusionnés
Au bout de 807 pastis... t'es mort !!
Mon déodorant tient 807 heures dit la pub, mais après trois jours je pue..
Ça fait 807 nuits d'affilée que ma femme a la migraine. Bon je suis pas toubib mais à mon avis c'est plus grave qu'une migraine son truc
807 sur l'échelle de Richter, les diplodocus reviennent !!
Si un chat a 9 vies, combien en faut il pour 807 vies ?
Va faire un puzzle de 1000 pièces quand tu n'en as que 807! on dirait une affiche électorale au trois quart déchiré..
Nous partîmes 807 et en arrivant au port....
Dans les mille et une nuit la mieux c'est la 807ième
Sarkozy sera réélu 807 fois président
C'est à 807 ans en lisant une pub que Mathusalem se dit c'est flou Affelou et acheta ses premiers verres progressifs
Les négationnistes ont tort, à 807 degrés dans un four tu caramélises c'est sur
Combien j'ai de grelots dans mon sabot? ben... 807
Ça fait 807 fois que Pasqua est mis en examens
Après avoir commis 807 meurtres le sérial killer se dit : merde! j'arrête demain
Y a qu'un cheveu sur la tête à mathieu mais y a 807 poux sur la tête à Gilou
Ils étaient pas 807 les compagnons de la chanson?
C'est à la 807ième porte dans la gueule que gilbert montagné a découvert qu'il n'y voyait rien!!!!!!
C'est avec le 807ième spermatozoïde de papa que j'ai été fécondé
L'infirmière est bien gentille et patiente! depuis hier elle a changé 807 fois mes couches.. faut dire qu'elle m'a filé 807 gouttes de laxatif
Suicides en prison : Dati veut établir un nouveau record pendant son ministère et fixe la barre à 807 décès
Le petit Poucet a semé 807 cailloux
Banlieues : la police arrête ali baba et les 807 voleurs
Cuisine: pour faire cuire du riz il faut jeter 807 grains dans de l'eau bouillante et salée pendant une dizaine de minutes soit environ 807 secondes
Il a fallu 807 tours de stade pour qu'Alain Bernard s'aperçoive qu'il ne s'entrainait pas dans la piscine !
Avec ses 807 montres Julien Dray sera-t-il à l'heure chez le juge?
A 807 ans Jeannie Longo remporte le tour de France féminin
807 erreurs se sont glissées dans le programme européen de dieudonné. saurez-vous les retrouver?
1614 c'est deux fois 807
Le millésime 807 de romanée conti n'est pas le meilleur
au 807ième jour, dieu créa la crise
Quand le paquet de tabac sera à 807 euros, promis j'arrête de fumer
Quoi ? 807 euros la pipe?
La suite des 10 petits nègres d'Agatha Christie : les 807 métis!
Tu me copieras 807 fois je ne dois pas faire le con en classe
Ben Laden voulait détruire les 807 tours de Manhattan, le hic il n'y avait pas assez de vierges pour les martyrs
Ca fait 807 fois que Kouchner lit les programmes UMP et PS et il ne sait toujours pas pour qui il va voter !
806 fois elle est allée chercher des cigarettes et à la 807ième elle n'est pas revenue, bizarre... elle doit les fumer sur place
Un tour de france en 807 étapes, c'est le tour des labos pharmaceutiques...
********** rainai **********
807 aphorismes ! Et tu crois qu'avec ça on va repeupler la France !!!!!
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19 mai 2009
La lampe d'Aladino
Aladino Garib n'était pas très sûr de son nom mais, que diable, il devait bien en avoir un ce Palestinien arrivé à Puerto Eden après avoir navigué à travers le labyrinthe des canaux qui se rejoignent dans le détroit de Magellan. Dès qu'il mit pied à terre, il tira de son ballot les caleçons de flanelle, les tricots imperméables aux vents glacés des régions australes, les chaussettes tricotées avec la plus vierge des laines de la grande île de Chiloé, les aiguilles allemandes, les fils de Tomé et les boutons multicolores. Les Kawésqars trouvèrent ces marchandises plus séduisantes que les babioles que leur offraient Croates, Anglais, Chiliens et autres individus venus d'on ne sait où pour être guidés jusqu'aux criques où les phoques femelles venaient mettre bas car les peaux si blanches des nouveaux-nés les attiraient davantage que les fruits de mer délicieux et autres trésors des canaux.
A cause de son espagnol chargé de résonances levantines, les possibles acheteurs l'appelèrent aussitôt "le Turc" et l'homme, habitué à la simplicité des gens isolés du Sud, ne tenta pas de leur expliquer que s'il déambulait au milieu de l'île en vendant des vêtements chauds, de la mercerie, des couteaux et des marmites, c'était parce que depuis l'époque de son grand-père, la diaspora portait le sceau des fuites sans fin dont la seule consolation était de maudire les Ottomans. Il avait oublié et ne se souciait plus des raisons de cette haine devenue une habitude inoffensive car le baume de l'oubli atténue toutes les passions quand les exils durent trop longtemps.
Le Turc vendit ainsi une partie de ses marchandises sans que personne lui demande son nom, il vantait les qualités de ses caleçons qui supportaient tous les lavages sans jamais rétrécir et ignoraient le déclin des parties viriles - ajoutait-il -, de ses tricots de douce flanelle dont la chaleur rendait plus doux et plus amoureux les cœurs qu'ils protégeaient des intempéries patagoniques. Il indiquait le prix des aiguilles fabriquées dans les lointaines aciéries de Solingen ou d'une douzaine de boutons due à la lenteur d'une tortue et les gens de l'île de Wellington réfléchissaient en silence, pesaient ses paroles et, finalement, mettaient la main à la poche sans penser au marchandage, cette indispensable cérémonie du commerce où, quand vient le moment de fixer le prix de ce que les mains peuvent faire, le vendeur a l'air si vertueux qu'il semble capable de renoncer à ses bénéfices et le client apparait comme un exemple d'astuce.
En moins d'une heure, la charge du Turc se trouva allégée par la vingtaine d'hommes venus sans leur femme depuis les confins les plus divers pour chercher fortune dans cette île multiforme , bordée par des canaux, le golfe de Penas et le détroit de Magellan, percée de fjords, semée de restes de forêts vieilles comme le vent et tapissée d'une mousse tellement épaisse que, d'après le conquistador Sarmiento Gamboa, "un homme peut s'y enfoncer jusqu'au cou, par conséquent, il est moins pénible de passer par la cime des arbres".
Les premiers Européens et les criollos avaient pratiquement exterminé les phoques, les renards étaient malins et défendaient farouchement leur queue, les richesses marines de ces eaux froides exigeaient un tout autre intérêt que celui de faire fortune. Les hommes qui entouraient le Turc attendaient simplement un coup de chance auquel ils avaient cessé de croire, certains remplis de la nostalgie de leurs lointaines patries estompées par le vent patagonique, d'autres résignés à leur folie de naufragés du bout du monde.
Quand les blancs se retirèrent, les Kawésqars lui offrirent un pain d'algues et, montrant les marchandises, demandèrent d'un air soucieux : làaks ? Le Turc était un vétéran des canaux, il avait commencé avec les Alacalufes et les Kalwésqars, connaissait certains mots de leur langue aux résonances rocailleuses et leur répondit : pas làaks, pas couvertures. Mais, de même qu'il est absurde de dire "eau" devant une cascade, au moment de leur refuser la chaleur en leur affirmant qu'il n'y avait pas de couvertures, les lèvres charnues et les yeux couleur de miel de la Kawésqar qui lui souriait vinrent contredire ses paroles.
Le Turc savait que les îles sont des bateaux de pierre; elles n'ont pas d'habitants mais des équipages qui arrivent, restent quelques temps et s'en vont. Il savait aussi que les hommes y perdent leur passé comme l'affirmaient les Basques de l'archipel de Chiloé et des Guaitecas, ces rescapés des naufrages de baleinières dont les armateurs avaient trouvé plus rentable d'embaucher de nouveaux marins plutôt que d'aller les rechercher. C'est ainsi que les noms d'origine comme Etxeberria ou Olivaria s'étaient tout simplement transformés en Barria par souci d'économie de langage ou par surdité volontaire.
Làaks, répéta le Kawésqar en lui montrant deux chapelets de moules fumées grosses comme le poing. Le Turc les refusa, répéta qu'il regrettait mais n'avait pas de couvertures et l'invita d'un geste à passer en revue les marchandises encore étalées sur la plage de coquillages.
Il s'installa à l'unique table de la pulperia et regarda les Kawésqars vérifier la solidité des marmites et le tranchant des couteaux. On lui apporta un pot d'eau chaude et le récipient contenant les feuilles de maté mais le Turc demanda si on pouvait lui faire bouillir l'eau et, quand le pot revint crachant ses jets de vapeur par le bec, il jeta dans un bol une poignée d'herbes aromatiques, pas mal de sucre, et but avec plaisir aux côtés des villageois qui s'approchaient pour lui demander d'où il venait, ce qu'il avait vu au cours de ses voyages, si un vapeur battant pavillon anglais traversait le détroit ou encore si la guerre en Europe était finie.
Ses réponses faisaient plaisir à tout le monde car le Turc savait qu'il n'existe pas de plus grande vérité que celle qu'on veut entendre. Un Gallois le traita de fou pour avoir laissé ses marchandises à portée des Kawésqars, un Galicien paria que les Indiens lui voleraient plus d'un objet et un Croate affirma que les Indiennes étaient plus voleuses que les hommes.
Le Turc récupéra avec une petite cuillère le sucre resté au fond de son bol, alluma sa pipe et demanda s'il pouvait leur raconter une histoire.
- Vas-y, dit le Gallois.
- Nous sommes tout oreilles, ajouta le Polonais.
- Allons, laissez-le parler, intervint le Galicien.
- Dans un endroit ni très proche ni très éloigné de la terre de mes ancêtres, commença le Turc, se trouve le mont Chenon, dressé comme une tour face à la Méditerranée. Si tu regardes à gauche, tu peux voir scintiller les coupoles d'Oran, et si tu regardes à droite, tu verras un minaret algérien pratiquement planté dans le ciel. Dans des temps reculés, quand le mal n'avait pas encore été inventé, les marchands phéniciens accostaient au pied de la montagne, descendaient à terre, étendaient des couverture et des tapis pour y disposer les biens prouvant leur qualité de commerçants, puis se retiraient aussitôt sur leurs embarcations. Là, doucement bercés par la mer bienveillante, ils voyaient les habitants du mont Chenon s'approcher, regarder, choisir, mettre à part ce qu'ils désiraient et déposer à côté ce qu'ils offraient en échange avant de retourner au sommet de leur montagne. Les Phéniciens redescendaient alors à terre et décidaient si cette amphore de miel représentait le juste prix d'un paquet d'hameçons, si la valeur de cette laine récemment cardée équivalait à une jarre d'huile ou de vin parfumé. Si l'échange était équitable, ils prenaient ce qu'on leur avait offert, s'il ne l'était pas ils reprenaient une partie de leur marchandise ou, au contraire, rajoutaient quelque chose. L'opération terminée, ils remontaient sur leurs bateaux, hissaient les voiles et repartaient à la poursuite de l'horizon. Voilà comment les Phéniciens et les Chemones ont pratiqué le commerce pendant des siècles dans un endroit ni très proche ni très éloigné de la terre de mes ancêtres, comme je vous l'ai déjà dit.
- Mais ça ne se passe plus comme ça, dit le Galicien, et le Gallois voulu savoir pourquoi.
- Parce que quelqu'un a laissé entendre aux Phéniciens que les Chenones les volaient, répondit le Turc.
Il laissa quelques pièces de monnaie sur le comptoir pour l'eau bouillie et le sucre et retourna sur la plage conclure ses affaires avec les Kawésqars.
Cette nuit-là, le Turc planta sa tente à l'orée d'un bois de coigües et d'araucarias. L'air sentait le bois et la mer. Tout en fumant sa pipe, il fit l'inventaire de ses biens, se dit que la journée n'avait pas été mauvaise et se glissa sous sa grosse couverture espagnole, disposé à dormir en paix.
Il s'apprêtait à souffler sa lampe de cuivre quand la femme kawésqar fit irruption dans sa tente.
- Làaks ! dit-elle en guise de salut en montrant l'épaisse et sombre couverture qui le couvrait.
- Non, làaks pas à vendre, répondit le Turc.
La Kawésqar le regarda dans les yeux, sourit en voyant s'y refléter deux fois la petite flamme de la lampe et, d'un geste énergique, se débarrassa de la tunique de peau qui couvrait son corps svelte de navigatrice et de chasseuse. C'était une femme kawésqar, la cause du feu qui consume les hommes.
Le Turc contempla le corps élancé, les muscles fermes, les hanches portées par la plus solide des mâtures, le ventre plat et les seins destinés à allaiter les meilleurs fils de la mer.
Pendant des heures de halètements, d'assauts et de déroutes il l'aima. Sur son corps, il se sentait à bord du plus fiable des navires et elle, à cheval sur son ventre, était la plus gracile des amazones.
A l'aube le Turc lui dit, la main sur la poitrine, qu'il s'appelait Aladino.
- Dis mon nom, dis Aladino, lui demanda-t-il, mais la Kawésqar lui répondit par des mots dont les sons étaient aussi durs que les récifs de l'île Wellington.
- Làaks ? demanda la femme en serrant la couverture dans ses bras.
Il caressa la noire chevelure qui descendait jusqu'aux fesses de la femme et se confondait avec la couleur de la couverture.
- Oui, elle est à toi.
La femme l'interrogea en pointant un doigt sur ses seins.
- Oui, làaks d'Aladino maintenant làaks à toi, quel que soit ton nom.
La Kawésqar, à genoux, palpait la couverture, la caressait de la joue et souriait de bonheur. La faible flamme de la lampe baignait son corps de miel. Le Turc la vit se lever, enfiler sa tunique de peau de guanaco, rouler la couverture et, finalement, poser les yeux sur sa lampe.
- Elle est à toi, elle aussi, c'est normal. Ca s'appelle une lampe et ça marche comme ça : là tu mets de la graisse ou de l'huile, tu passes la mèche dans le bec et tu l'allumes. Tiens, elle est à toi.
- La lampe d'Aladino, murmura la femme en la prenant comme le plus délicat des objets.
- Oui, c'est la lampe d'Aladino, lui assura le Turc, et il sortit de la tente pour se remplir les poumons du parfum des bois et des mers australes.
Aladino Garib dit le Turc, petit commerçant palestinien, débarque à Puerto Eden, au plus profond du détroit de Magellan, et c'est de sa lampe que surgissent comme par magie des contes magistraux, de merveilleux romans miniatures et des histoires comme Luis Sepùlveda en a le secret.
On y rencontre des personnages inoubliables dans leur dignité et leur humanité. On y retrouve, entre autres, un dentiste et son ami, vieux chasseur de jaguars et amateur de romans d'amour, une dame grecque d'Alexandrie, un marin de Hambourg amoureux, un fabricant de miroirs dans un hôtel lentement dévoré par la forêt amazonienne, aux confins de l'Equateur et de la Colombie, avant de partir pour une Patagonie que les fantômes de Butch Cassidy et Sundance Kid hantent encore grâce à un chien bien dressé et un astucieux découvreur de trésor.




























