"Serial Killer ! Serial Killer !", c'est par ces mots inlassablement répétés au micro de sa camionnette que Grégoire Pilanois attire l'attention des passants. Un signe de la main et le voilà qui s'arrête. On lui signale une femme infidèle, un mari qui ronfle, un collègue trop bien payé, une fillette disgracieuse, un percepteur indiscret ou un écolier aux résultats décevvants. A la photo qu'on lui donne on ajoute quelques précisions géographiques. Des billets changent de main et il est déjà reparti.

Bientôt il donne un coup de frein discret. Il a repéré sa proie, l'assomme à l'aide d'un bout de tuyau en plomb, la jette dans le coffre et l'emporte au coeur d'une forêt où il a ses habitudes (dans son activité, la constance du mode opératoire est la marque des artisans consciencieux). Là, dans la fraîcheur de la nuit, il s'agenouille sur l'herbe et découpe tranquillement sa victime en morceaux, sous le regard d'un écureuil insomniaque dont la queue en forme de point d'interrogation traduit la perplexité.

La justice, on s'en doute, ne pouvait pas laisser Grégoire agir de la sorte sans y trouver rien à redire. Elle vient de le condamner à une amende pour avoir utilisé sur la voie publiqie l'expression anglaise "serial killer" plutôt que l'expression bien de chez nous "tueur en série".

Vincent Haudiquet pour Fluide Glacial

tueur