Suite de la promenade parisienne avec Beaux-Arts magazine à la découverte de l'art en plein air - Crédit photos : Mikaël Lafontan -

Les Tuileries, jardin de sculptures

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Jardin des Tuileries (75001) - L'Arbre des voyelles, 1999

Il est là depuis 1999, tel un gisant au milieu d'un sous-bois. Affront à l'alignement au cordeau des allées des Tuileries, jardin royal dessiné au XVIIè siècle par Le Nôtre ? Près de 15 ans après son installation, à l'initiative du ministère de la Culture et en collaboration avec le paysagiste Pascal Cribier, l'Arbre des voyelles de Giuseppe Penone continue à surprendre les promeneurs. Même si la patine du temps contribue à faire disparaître dans le paysage cet immense bronze d'arbre déraciné. Poète de la nature, Penone a livré là l'une de ses oeuvres monumentales les plus remarquables. Qui est aussi une prouesse technique : le tronc d'un chêne de plus de 30 mètres a été moulé puis coulé en Italie, en plusieurs tronçons, avant d'être soudé in situ. Au milieu de l'enchevêtrement de ses racines, mises à nu, le curieux déchiffrera un ensemble de signes. Cinq voyelles qui donnent son titre à ce monument de discretion. A découvrir à travers le jardin, d'autres sculptures contemporaines signées Louise Bourgeois, Willem De Kooning, Tony Cragg.

L'hommage de  Jonone à l'abbé Pierre

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Square des Deux Nèthes (75018)

Les murs n'ont pas que des oreilles. Avec la fresque-hommage du square des Deux Nèthes, ils ont aussi la parole. Celle de la révolte ! Réalisée par JonOne, star historique du graphiti, pour la fondation Abbé Pierre à l'occasion du 4è anniversaire de la mort de son fondateur, elle fait chevroter, au-delà d'une nuit d'hiver, la voix du petit père des pauvres en 1954 : "Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le bouleverd Sébastopol..." Avec le texte de cet appel poignant lançé sur Radio-Luxembourg, JonOne a calligraphié le portrait de l'abbé, façon wild style. Un symbole pour dénoncer la misère qui n'a hélas rien d'éphémère.

La quatrième pomme

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Angle place Clichy et boulevard Clichy (75018)

Charles Fourier, l'utopiste du XIXè siècle, a disparu du paysage parisien pendant la Segonde Guerre mondiale : fondue, sa statue de bronze de la place Clichy devint chair à canon nazi. Demeuré vide plus de soixante ans, le socle de nos illusions perdues à ému la Mairie de Paris qui a fait appel à Franck Scurti pour revigorer ce micro-lieu de l'utopie. Les situationnistes s'en étaient déjà chargés en Mai 68, mais leur intervention fut des plus éphémères ! Hommage au théoricien d'une société basée sur l'"épanouissement des passions", l'artiste a choisi cette Quatrième pomme (après celles d'Adam et Eve, de Pâris et Vénus et de Nawton, bien sûr) qui symbolise pour lui "l'imposture commerciale". Gravé d'un planisphère, le fruit repose sur une structure en plexiglas coloré... dont raffolent les tagueurs : un clin d'oeil à Scurti qui, il y a quelques années, avait imaginé des sculptures publiques pré-taguées par ses soins ?

... à suivre ...