01 mai 2008
Fêter le travail ?
Le 1er mai, vous avez le choix entre la participation à ce folklore que représentent les différents défilés qui vont sillonner les rues de nos grandes villes en chantant des slogans écrits par des professionnels de la phrase qui tue ou de la rime qui fait mouche et participer ainsi au spectacle qui émaillera les différents journaux télévisés encadrés par des publicités sur les plus belles voitures que seuls pourront s'offrir ceux qui, confortablement installés dans leur fauteuil devant leur écran plasma, se gobergeront de cette foule bon enfant qui ne comprendra jamais que leurs ennemis ne se trouvent pas à côté d'eux, mais en face d'eux, le choix de ce spectacle maintenant convenu et dont l'origine se perd maintenant dans les méandres de l'histoire, ce choix donc ou le plongeon dans l'histoire justement pour refaire connaissance avec Louise Michel ou Emile Pouget.

Cette affiche date de 1906, elle est de Jules Grandjouan
102 ans plus tard, avons-nous tellement évolué ?
30 septembre 2006
La Marseillaise anticléricale
En recopiant la Marseillaise Noire dans le billet précédent, les mentions se rapportant à Jésus et à l'évangile ont quelque peu géné l'ancien pensionnaire des jésuites que je suis. Cette période jésuitique qui a été suivie d'une autre période où j'ai été confié à des frères maristes (un peu mieux mais pas moins illuminés) ainsi que les faits et gestes de certains représentants de l'église catholique dans le monde et dans l'Histoire m'ont installé dans un anticléricalisme douillet duquel, au vu de l'actualité, je ne suis pas prêt de sortir.
Je me suis donc livré à de menues recherches webiennes et ai découvert une Marseillaise anticléricale écrite par Léo Taxil (à la vie spirituelle et philosophique assez tourmentée) en 1881; la voici :
Allons ! Fils de la République,
Le jour du vote est arrivé !
Contre nous de la noire clique
L'oriflamme ignoble est levé. (bis)
Entendez-vous tous ces infâmes
Croasser leurs stupides chants ?
ILs voudraient encore, les brigands,
Salir nos enfants et nos femmes !
Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !
Votons, votons et que nos voix
Dispersent les corbeaux !
Que veut cette maudite engeance,
Cette canaille à jupon noir ?
Elle veut étouffer la France sous l'éteignoir ! (bis)
Mais de nos bulletins de vote
Nous accablerons ces gredins,
Et les voix de tous nos scrutins
Leur crieront : A bas la calotte !
Quoi ! Ces curés et leurs vicaires
Feraint la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces assassins de nos pères
Seraient un jour nos meurtriers ! (bis)
Car ces cafards, de vile race,
Sont nés pour être inquisiteurs ...
A la porte, les imposteurs !
Place à la République ! Place !
Tremblez, coquins ! Cachez-vous, traitres !
Disparaissez loin de nos yeux !
Le Peuple ne veux plus des prêtres,
Patrie et Loi, voilà ses dieux (bis)
Assez de vos pratiques niaises !
Les vices sont vos qualités.
Vous réclamez des libertés ?
Il n'en est pas pour les punaises !
Citoyens, punissons les crimes
De ces immondes calotins;
N'ayons pitié que des victimes
Que la foi transforme en crétins (bis)
Mais les voleurs, les hypocrites,
Mais les gros moines fainéants,
Mais les escrocs, les charlatans ...
Pas de pitié pour les jésuites !
Que la haine de l'imposture
Inspire nos votes vengeurs !
Expulsons l'horrible tonsure;
Hors de France, les malfaiteurs ! (bis)
Formons l'union radicale;
Allons au scrutin le front haut :
Pour sauver le pays il faut
Une chambre anticléricale.
Ben dites donc, ils ne plaisantaient pas avec la religion, ou plutôt avec ses représentants, à l'époque. Je rappelle la définition d'anticlérical : opposé à toute immixtion du clergé dans la vie et les affaires publiques.
La Marseillaise Noire
En ces périodes troubles où le gouvernement, par la magie d'un film (heureusement qu'on a inventé le cinéma !), vient de découvrir qu'il versait une pension honteuse à ses anciens combattants(*) étrangers qui venaient de leur sang pur (le sang impur, c'est pour ceux d'en face) arroser nos sillons, et où le triumvirat Le Pen/de Villiers/Sarkozy se battent, à coups de déclarations honteuses et malodorantes, pour récupérer une partie des voix des 50 à 60 % de bons français qui trouvent qu'il y a, sur notre sol, trop d'étrangers au km2, je vais me faire un plaisir de vous copier un texte que Camille Naudin a commis le 17 juin 1867 à la Nouvelle-Orléans; ça s'intitule La Marseillaise Noire
Fils d'Africains ! Tristes victimes,
Qu'un joug absurde abrutissait.
de monstres oubliant leures crimes,
Pensons à Jésus qui disait :(bis)
"Peuples, plus de sang, plus de guerre
Qui font rougir l'humanité,
Moi je suis la Fraternité,
Embrassez-vous, vous êtes frères."
Debout ! L'heure est venue, à chaque travailleur
Le pain (bis) qu'il a gagné, qu'importe sa couleur.
Assez longtemps Le fouet infâme
De ses sillons nous a brisés,
Sans nom, sans patrie et sans âmee;
Assez de fers ! De honte , assez ! (bis)
Que dans une sainte alliance
Les noirs et les blans confondus
A la mort des anciens abus,
Marchant tous pleins de confiance,
Debout ! L'heure est venue, à chaque travailleur
Le pain (bis) qu'il a gagné, qu'importe sa couleur.
Debout ! C'est l'heure solennelle
Où le vieux monde écroulé
Le despotisme qui chancelle
Vient couronner la Liberté,
La discorde reprend sa pomme,
La raison humaine grandit;
C'est l'intelligence et l'esprit
Et mon plus la peau qui fait l'homme.
Debout ! L'heure est venue, à chaque travailleur
Le pain (bis) qu'il a gagné, qu'importe sa couleur.
Plus d'ombre ! Partout la lumière,
C'est l'évangile qui paraît ;
Le blanc dit au noir : mon frère,
A jamais Caïn disparaît.
Plus de sang ! L'impie ignorance,
Arme terrible du tyran
Aux peuples s'entredéchirant,
Ne dit plus : mort, sang et vengeance.
Debout ! L'heure est venue, à chaque travailleur
Le pain (bis) qu'il a gagné, qu'importe sa couleur.
Allons ! Malgré votre race,
Hommes de couleur, unissez-vous ;
Car le soleil luit pour tous.
Que chaque peuple heureux prospère,
Au fronton de l'humanité,
Grave ces mots : en toi j'espère,
Tu règneras, Egalité.
C'est tout de même nettement moins guerrier que la nôtre ! Et finalement, en dehors des références religieuses, cela illustre assez bien la devise Liberté, Egalité, Fraternité.
(*) Je me suis toujours demandé à quoi pouvait servir un ministère des anciens combattants.
A
l'occasion de cet affaire scandaleuse des pensions au rabais, on peut
s'apercevoir qu'il est loin de s'occuper de la subsistance des gens qui
ont servi de chair à canon pendant les guerres. Aujourd'hui, on tue
plus facilement les civils que les militaires, mais dans les deux cas,
de toute manière, c'est toujours le pékin qui n'y comprend rien, qui se
trouve là où il ne faut pas , au moment où il ne le faut pas, qui
trinque pour des intérêts qui le dépassent largement.