07 mai 2008
Sophie : le carnet d'adresse
Je vous ai déjà parlé de Sophie Calle .
J'aime beaucoup cette femme aux multiples talents et aux trouvailles qui lui permettent d'offrir ses prestations à un public curieux de l'âme humaine.
A l'occasion d'une exposition qui a eu lieu du 19 novembre 2003 au 15 mars 2004, dans la galerie 2 du Centre Pompidou (que je préfère appeler Centre Beaubourg) intitulée "M'as-tu vue", un livre a été édité.
Ce bouquin est passionnant (et beau en plus) dans la mesure où il regroupe des extraits des différentes oeuvres de cette prolifique artiste. Chez Amazon il est à un peu plus de 47 euros, ce qui vous fait un livre de grande qualité pour à peine plus de deux daubes de Paul-Loup Sulitzer, ou 6 bouquins-chiottes de Gérard de Villiers. Ses "productions" sont souvent des défis que l'on pourrait même parfois se lancer à nous-mêmes, comme ça, pour jouer. Si vous parcourez ce livre qui est beaucoup plus qu'un catalogue vous verrez qu'en partant parfois d'une idée simple (suivre un ou une inconnue dans la rue) ou d'un avatar de la vie quotidienne (une rupture sentimentale) on peut aboutir à une véritable aventure.
De temps en temps, je vous ferai pénétrer dans le monde envoutant de Sophie Calle.
J'ai déjà commencé avec l'ouvrage "Prenez soin de vous" il y a six mois.
Aujourd'hui, voici Le Carnet d'adresses.
A la fin du mois de juin 1983, je trouve un carnet d'adresses.
Je le photocopie avant de le renvoyer, anonymement, à son propriétaire, dont les coordonnées sont indiquées sur la page de garde.
Un quotidien m'ayant proposé de réaliser un feuilleton destiné à être publié durant l'été 1983, je décide de contacter certains de ceux dont les noms figurent dans ce carnet et de leur demander de me parler de son propriétaire. J'approcherai ainsi cet homme par leur intermédiaire. J'essaierai de le découvrir sans jamais le rencontrer et de faire de lui un portrait à la durée aléatoire, car elle dépendra du bon vouloir de ses proches à l'évoquer et de la tournure que prendront les évènements.
Son enquête dura vingt-huit jours et entraîna vingt-huit parutions successives. Cela s'intitulait "L'homme au carnet" et ça a été publié dans Libération du 2 août au 4 septembre 1983.
20 avril 2008
Brigade d'intervention
Deux grèves qui se chevauchent, et c'est tout un monde, en sa routine, désarçonné.
Cette semaine-là, plus un métro à quai, ni aucun cours à l'Université, Paris s'inventait un autre transport en commun, la palabre illimitée, entre zinc et comptoir. Pour conjurer l'occupation de leurs locaux, les facultés avaient instauré des congés anticipés. Du coup, nul ne savait plus dans quel camp ranger les étudiants, grévistes ou non, puisqu'ils étaient tous restés chez eux. Ces vacances forcées sonnaient l'heure des examens de conscience : bachoter ses partiels devant la télé ou conchier l'ordre social en famille, ce qui revient au même.
D'ici la reprise des cours, les candidats aux diplômes avaient l'embarras du choix : entre zèle scolaire, contrat d'intérim et vidéo-relaxation.
En ce qui me concerne - bac + 9, sans emploi fixe - , je flanais sur deux-roues aux abords de Paris. J'en vins à longer les préfabriqués d'une fac de la banlieue nord. Sur une palissade en tôle ondulée, une phrase calligraphiée à l'aérosol rouge vif :
PLUS JE FAIS LA REVOLUTION,
PLUS J'AI ENVIE DE FAIRE L'A...
Le fin mot de l'histoire était caché par une camionnette dont les feux de détresse clignotaient. Non loin du forgon : deux silhouettes aux allures de conspirateurs du seul fait qu'ils portaient des foulards à mi-visage et versaient sur des chiffons le contenu d'une bouteille semblable à celle de white-spirit. Qui étaient donc ces fantômes . De vieilles utopies corsaires soudain réincarnées ? Ou quelques visionnaires clandestins dont chaque siècle aime à se hanter ? Pour qui oeuvraient-ils ? L'avant-garde d'un prolétariat de masse ? Ou l'amicale des pétroleurs anarcho-chroniques ?
Arrivé à leur hauteur, je déchantais. Le duo de vengeurs masqués ne faisait que passer du solvant sur les bombages épars. Anatomiquemnt, on aurait dit Laurel et Hardy. Politiquement, j'avais plutôt affaire aux doublures de Don Quichotte et de Sancho, effaçant comme des enragés le remake grotesque d'une époque révolu ...
A l'intérieur du bâtiment universitaire, la même imitation de slogans familiers, trop familiers. Partout le décalque bêta des propos fleuris d'un ancien mois de Mai, remis au goût du jour, en vert fluo. De ces graffiti sauvages ou de leur érudit graphiste, qui était le plus attardé ? "C'est dans les vieilles marmites qu'on fait la meilleure soupe", dixit Mao Zedong. Faute d'y cracher, cet agité de l'agit-prop commémorait une idée posthume de la révolte en son musée officiel. Autant prendre un bol d'air frais.
Dehors, les effaceurs d'encre semblaient sur le départ. L'odeur du décapant industriel ravivait d'autres souvenirs : l'atmosphère suffoquante qui succède aux salves de grenades lacrymogènes. Goguenards, ils me virent reculer, grimaçant, puis tordu en quinte de toux. Eux avaient du s'habituer aux vapeurs toxiques, en attendant qu'un médecin du travail leur découvre une déficience respiratoire quelconque. Gazés à petit feu jusqu'à la pension d'invalidité. A moins que ces effluves, qui rappelaient l'entêtant parfum des colles à rustine, n'aient fini par les hisser dans d'incertaines lévitations mentales. Drogués, jour après jour, à la tâche.
Les deux acolytes remballèrent leur matériel dans la camionnette. Sur ordre municipal, ils étaient censés faire disparaître les "obscénités donnant sur la voie publique", mais ils n'avaient pas poussé le zèle assez loin. Du slogan aperçu de prime abord, demeurait cette version écourtée :
PLUS JE FAIS
PLUS J'AI ENVIE DE FAIRE
Le lendemain, suite au déplacement du chantier, d'autres ouvriers crurent bon d'intervertir les plaques de tôles ondulées. Désormais, sur la palissade réagencée, les lettres majuscules improvisaient un nouveau mot d'ordre, anagrammatique :
J'AI PLUS ENVIE DE FAIRE PLUS
18 avril 2008
20 ans déjà
"Regardons s'agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à 100 à l'heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d'un coup ça s'arrête, sans plus de raison que ça n'avait commencé, et le militant de base, le pompeux pdg, la princesse d'opérette, l'enfant qui jouait dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu'au bout de ton cancer, tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l'homme s'effacent devant les droits de l'asticot."
16 avril 2008
L'oiseau d'avril
L'oiseau d'avril, ou le chant matinal de l'auvergnat.
Il
pleut, il neige, il fait soleil, l'agneau bondit à côté de sa mère, la
poule pond déjà des œufs de Pâques, les épinards sont magnifiques:
c'est le mois d'avril. Il surexcite l'esprit humain. C'est en avril que
l'homme inventa La Marseillaise, le pôle Nord, le système métrique, l'hélicoptère et la Légion d'honneur.
Le
merle et le corbeau couvent leurs œufs verts. Jamais les prés n'ont
entendu tant de chants d'oiseaux: l'aigle glatit, l'alouette turlutte,
le merle siffle et le pinson lance des fanfares, l'auvergnat appelle
d'une voix rauque, le coucou coucoule et le ramier roucoule au loin.
Le
chant de l'auvergnat salue l'aurore, c'est le premier qu'on entend le
matin. Il habite la forêt, les prés ou la montagne et se plait à l'orée
des champs, qu'il rectifie, à l'occasion, à son profit. Sa plume est
noire, son ventre blanc, sa silhouette trapue et sa fibre serrée, sa
chair, qui vieillit avec l'âge, le rend impropre à la consommation. Ses
yeux qui luisent d'un éclat charbonneux, s'allument àb la vue des
choses qui brillent, ses regards perçants les voient de loin. Il les
retient dans ses serres puissantes. Il les emporte dans son nid. De
tous les oiseaux utiles, c'est le plus industrieux et même le seul qui
fabrique du fromage. Certains ornithologues contestent l'auvergnat
(Cuvier, Littré lui refusent la qualité d'oiseau), nul n'a jamais songé
à nier son saint-nectaire.
Moins brillant que l'oiseau-mouche,
plus vigoureux que l'homme et plus résistant que le cheval, il survit
aux plus durs hivers. Comme le gypaète barbu, il niche au flanc des
falaises vertigineuses. Du fond des vallées du Cantal on le voit faire
son, nid au sommet des montagnes, de pierrailles accumulées. Il le
couvre d'un chaume épais pour tenir chaud à ses petits. Nul ne détruit
mieux que lui les insectes nuisibles, les mulots, les vipères, les rats
qu'il découvre de haut, de son oeil de rapace. Il pique les boeufs au
moment des labours; son chant encourage l'agriculteur. Il est fidèle et
monogame, et capable de longs parcours; on le trouve en Asie, en
Afrique. Ses migrations l'amènent en hiver dans les villes où il se
nourrit de miettes de pain; il rejoint sa femme au printemps dans les
monts du Massif central. L'auvergnat de prairie, au contraire, part
l'été pour les hauts alpages où il vit parmi les troupeaux. L'auvergnat
à tête grise reste aux abords du nid. Il ne fuit pas la société des
hommes et s'attache aux gens qui le nourrissent, on l'aperçoit souvent
aux terrasses des cafés ou dans les auberges des bourgs.
L'auvergnat
peut vivre cent ans. On l'apprivoise avec du lard. Il dépérit
généralement en captivité, où il refuse de se reproduire. Mais, quand
on réussit à lui faire surmonter sa paresse et sa répugnance, il imite
à la perfection, comme le geai des bois et le perroquet, le langage
humain ou même le hollandais. On en a connu un qui avait appris
l'allemand. Maint ornithologue lui attribue une intelligence plus
qu'humaine. Il es capable de résoudre des problèmes de mathématiques
qui effraieraient un jeune bachelier.
Lord S., en 1837, avait
ramené un auvergnat dans son comté. Il lui avait appris l'anglais et
les coutumes de son pays. Cet auvergnat se conduisait en tout comme un
personnage britannique. Il sautillait sur les pelouses du Devonshire et
charmait le lord par son babil. Le lord était un homme sujet au spleen:
il se prenait pour un chien-loup et vivait dans une niche en bois qu'on
lui avait bâtie dans son parc. Il avait dressé l'auvergnat, par un
système de menaces et de flatteries, à monter dans le tilleul voisin où
il lui faisait chanter Le Fantôme d'Edimbourg et plusieurs refrains de la marine. C'était un plaisir de les voir vivre ensemble et partager leurs jeux naïfs.
L'auvergnat
devenant vieux, on le couvrit de lainage et on le fit entrer au salon.
Il s'y tenait avec un geai dans une cage d'or. On mettait du porto dans
sa soupe et de l'alcool dans son café; pour le faire parler on lui
donnait du vin sucré. Comme on pensait qu'il souffrait de l'exil, on
laissa à plusieurs reprises la porte ouverte, mais il n'en profita
jamais. Il se plaisait à la conversation des gens les plus
considérables, tels que des amiraux en retraite et des juges à trois
marteaux.
Quand il mourut on l'enterra au fond du jardin. Cette
histoire prouve combien l'auvergnat est sociable et se plait dans la
compagnie des personnes les plus distinguées.
18 mars 2008
Le Baleinié, tome 3
"[...] Je n'en finissais pas de gaezinir à la pompe automatique, quand je vois, tels des cuses dans le brouillard, une dizaine de treus rieurs descendre d'une adchica volante. Je saute dans ma voiture, j'enclenche la première, mais le plus costaud, hilare, ouvre déjà la portière. Pas plus fier qu'un ranilou, je piaseille et je balance dans son oeil unique la duine de Gouvres que Tante Monique m'avait laissée sur la banquette arrière. C'est au moment où il m'a arraché l'oreille comme on arrache une luche que j'ai igvi."
Dimanche, Guy Pelletier *
(* Pseudonyme de Gil P. Le Thiais, écrivain et poète anonyme)
Oh joie ! Oh bonheur !
Le tome 3 du baleinié vient de passer à portée de mes yeux.
Je vous ai déjà parlé là des deux premiers tomes de cette œuvre indispensable, donner un nom à tous les tracas qui parsèment notre vie et celle des autres. Le tome 1 a paru en novembre 2003, le tome 2 en novembre 2005 et celui-ci est sorti en novembre 2007.
Ecoutons les auteurs Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann :
" Désormais vous pouvez nommer le frelon qui vous surprend dans les toilettes, le caddie qui couine dans le supermarché, le réparateur qui passera entre huit heures et dix-sept heures, et vous n'ignorez plus ce que vous faites quand vous applaudissez un verre à la main ou quand vous éternuez en doublant un camion. Dorénavant vous savez contre qui vous luttez, vous connaissez votre adversaire. [...] Le dessein de ce dictionnaire est de sortir le tracas de la brume pour le voir à visage découvert, de lui donner un nom et ainsi de le métamorphoser en un petit bonheur, celui de "rire en y repensant". (Cette définition, dont le nom reste à trouver, pourrait être la première d'un "dictionnaire des petits bonheurs" qui reste à faire).
Comme les autres donc, ce dictionnaire va de :
A comme adchica : (n. f. ) soucoupe qui reste collée un instant au cul de la tasse
à :
Z comme zerzir : (verbe,) faire pipi à contre-vent et Zwycky : (n. inv. ) être battu au scrabble par un enfant à qui vous avez appris à lire
sans passer par le Q, car, comme chacun le sait, il n'y a pas de Q dans le dictionnaire des tracas.
Pour ce qui est de la traduction de la phrase en début du billet je ne peux que vous recommander chaudement la consultation de ce troisième opuscule par le moyen qui vous semble le plus approprié.
Ah, je ne peux pas résister, je vous cite cet avis au lecteur :
Si tu meurs, ce livre est pour tes enfants.
... le tracas ultime, en quelque sorte.
07 mars 2008
La renommée
L'homme qui ne ressemble à personne arrive dans la ville où tout le monde ressemble à quelqu'un. Dans le ciel, des accumulations de nuages flasques ternissent l'éclat du soleil. Le réceptionniste de l'hôtel est le portrait craché d'un célèbre poète russe et le groom qui monte les bagages en marmonnant est le sosie d'un célèbre cycliste hispano-français.
L'homme qui ne ressemble à personne commence à travailler dans un gratte-ciel de la rue principale. Le patron de la boîte, qui ressemble à un célèbre peintre nord-américain, finit son discours de bienvenue par la phrase suivante : "Je préfère rater une vente plutôt que de décevoir un client.
Au cours d'une cérémonie qui accable ceux qui y participent, on présente l'homme qui ne ressemble à personne à ses nouveaux collègues. La secrétaire a l'air d'être la soeur jumelle d'une célèbre actrice autrichienne et les deux collaborateurs dont il partagera désormais le département sont la copie conforme, respectivement, d'une célèbre chanteuse chilienne et d'un célèbre théologien anglais.
...
L'homme qui ne ressemble à personne ressent, au bout d'un certain temps, les symptômes d'une dépression. Un chauffeur de taxi (sosie d'un célèbre architecte grec) lui conseille d'aller voir un psychiatre. Celui-ci lui recommande une opération de chirurgie esthétique. Sur une question de la chirurgienne (réplique d'un célèbre toréro espagnol), l'homme qui ne ressemble à personne, après réflexion, demande à ressembler à un acteur français. L'opération est un désastre . Lorsqu'on retire les bandes, non seulement l'homme ne ressemble pas à l'acteur, mais il ne ressemble pas non plus à ce qu'il était avant l'opération. Un soir qu'il s'apprête à sauter par la fenêtre le téléphone sonne. On lui signale qu'un cirque vient de planter son chapiteau en ville et qu'il serait bon qu'il rejoigne la troupe "en qualité d'homme qui ne ressemble à personne".
...
Au bout de quelques semaines, la popularité de l'homme qui ne ressemble à personne est absolue. Chaque soir, quand il pénètre sur la piste du cirque, le public l'acclame pendant cinq, dix, quinze minutes. Touché, il remercie ceux qui l'applaudissent, s'émeut des bravos, envoie des baisers aux quatre coins du chapiteau, ramasse les fleurs qu'on lui jette. Et dans le regard de certains spectateurs, il reconnait l'envie de ceux qui, au lieu de ressembler à qui ils ressemblent, donneraient n'importe quoi pour lui ressembler à lui.
Ci-dessus figurent les trois premiers paragraphe, ainsi que le dernier d'une des 9 nouvelles qui composent le dernier ouvrage de Sergi Pàmies : Le dernier livre de Sergi Pàmies, traduit du Catalan par Edmond Raillard.
L'opinion du magazine Lire :
Sergi Pàmies est devenu, à 47 ans, l'un des plus importants
auteurs de langue catalane. Poète et romancier, il est connu pour ses
recueils de nouvelles (traduits dans le monde entier). Journaliste
sportif, Pàmies est également traducteur d'Apollinaire, Jean Echenoz,
Frédéric Beigbeder et Amélie Nothomb. Le livre: Heureusement, Le dernier livre de Sergi Pàmies
n'est pas le dernier au sens strict...Dans ce recueil d'histoires
absurdes, Pàmies imagine un commercial qui croit pouvoir tuer des
musiciens célèbres rien qu'en écoutant un CD. La formule «le roman est
mort» ou certains slogans publicitaires peuvent chez lui vous mettre
sens dessus dessous. Points forts: A partir d'un petit constat
tiré du quotidien, Sergi Pàmies concocte des situations savoureuses,
sur un ton tragi-comique d'une grande singularité. De la phrase
d'introduction à la chute, ses histoires sont impeccablement narrées,
dans une écriture au cordeau. Points faibles: Si toutes ces nouvelles sont délectables, certaines sortent nettement du lot (L'océan Pacifique et La célébrité). On aimerait également que le volume soit plus long. A quand une intégrale Pàmies ?
De lui, dans la même veine (nouvelles insolites et parfois cruelles) j'avais également bien aimé : On ne peut pas s'étouffer avec des vermicelles.
23 février 2008
Tom et les super héros
Tous les amis de Tom sont des super héros.
Il y a Super-je-tombe-tout-le-temps qi ne monte jamais plus haut que le deuxième étage d'un immeuble, qui n'a jamais mis les pieds sur un balcon et qui refuse de s'asseoir ailleurs que par terre mais n'est jamais tombé amoureuse.
Il y a Super-je-tape-l'incruste qui est doté du super pouvoir de survivre sans jamais travailler, sans jamais s'attacher à personne et sans domicile fixe, il a ses habitudes sur les différents canapés dans les appartements de ses amis et n'est jamais à court de cigarettes.
Il y a Super-je-prends-la-faute-sur-moi qui bénéficie de l'extraordinaire capacité d'absorber la culpabilité de n'importe qui dans un rayon de mille cinq cents mètres et qui est invitée à toutes les soirées et à toutes es fêtes; elle tiendrait ses super capacités de sa stricte éducation catholique.
Il y a aussi super-je-maîtrise-le-temps, capable de voyager dans le temps qui ne considère pas son super pouvoir comme un truc exceptionnel, le vrai pouvoir selon elle serait la capacité de ne pas voyager dans le temps puisqu'en réalité tout le monde fait ça en permanence.
Super-GPS sait comment se rendre de n'importe quel endroit à n'importe quel autre, même s'il n'y est jamais allé avant, mais qui, dés qu'il a atteint sa destination n'a pas d'autre solution que de repartir vers un nouvel endroit.
Il y a super-Influenceuse qui peut vous faire croire n'importe quoi du moment qu'elle y croit elle-même. Depuis qu'elle est tombée amoureuse de Super-tout-le-contraire elle a moins fière allure. Elle projette toutes ses émotions sur lui, mais Super-tout-le-contraire étant ce qu'il est ne peut lui renvoyer que le contraire de tout ce qu'elle ressent. Curieusement cependant ils ne peuvent plus se quitter.
Et il y a Super-perfectionniste qui avait été présentée à Tom par Super-amphibien. Ce soir là il neigeait; ensemble ils avaient regardé la nature se couvrir :
- "est-ce que vous pouvez mettre de l'ordre dans ces flocons-là ? lui demanda-t-il.
- Ils sont déjà rangés à la perfection", répondit-elle.
C'est à ce moment précis que Tom était tombé amoureux.
Super-perfectionniste n'avait couché avec personne depuis la fin de son histoire avec Super-hypno. Le sexe avec lui était tellement génial que Souper-perfectionniste était persuadée d'avoir fait le tour de la question. Elle aimait beaucoup Tom, elle était sûre qu'ils allaient devenir très amis, mais rien de plus. Sans se demander si leur amitié pourrait survivre à une initiative sexuelle, elle avait emmené Tom dans sa chambre. Elle l'avait poussé sur le lit, lui avait enlevé sa chemise, ses chaussures et ses chaussettes, puis son pantalon et son caleçon.
Avec la plupart des garçons Super-perfectionniste se serait arrêtée là. Mais cette fois, non. Complètement excitée, elle avait aussi enlevé sa peau et son système nerveux. Elle avait soulevé sa cage thoracique et tenu son cœur battant dans sa main. Là, sous son cœur, était caché un coffret d'or serti de pierreries. Elle l'avait ouvert. Dedans elle avait découvert les espoirs de Tom, ses rêves et ses peurs. Elle les avait examinés et les avait trouvés étonnamment beaux. Et Super-perfectionniste était alors tombée amoureuse de Tom.
Cet amour si beau n'était pas du goût de Super-hypno qui, par des manœuvres déloyales réussit à hypnotiser Super-perfectionniste pour rendre Tom invisible à ses yeux.
Super-perfectionniste, pour s'habituer à la disparition de son grand amour décide de s'installer à Vancouver. C'est à bord du vol Toronto-Vancouver que se joue le destin du couple : Tom a le temps du voyage pour convaincre Super-perfectionniste de son existence.
Andrew Kaufman est auteur, réalisateur et producteur de radio. Ce roman a été traduit de l'anglais (Canada) par Anna Rozen
15 février 2008
Les animaux d'amour
Le python à l'huile
Au naturel le python
Est facile à mettre en boîte
On le tronçonne au format
Interminablement
Et on l'enferblanque
Il se débat peu
Mais le python à l'huile
Lui est difficile
Il dérape il glisse il échappe
Il vous passe un savon
Méfiez-vous pendant
Que sa queue entre vos doigts
Glisse et glisse
La tête du python à l'huile
Vient sournoise
Se mettre en écharpe autour
De votre délicat cou
Le cafard breton
250 grammes de farine
200 grammes de sucre
Et 5 gros oeufs
Que vous délayez dans le lait
Avant d'y jeter vos cafards
Juste sortis du rhum
Lorsque le far est cuit
On les reconnaît
Ils sont noirs
Ils grouillent
Rien de tel qu'un bon cafard breton
Pour vous foutre le bourdon
Le chat teigne
Par quelque bout qu'on le prenne
Le chat teigne pique
Toujours de mauvais poil
Toujours de bon piquant
Roulé en boule verte
Il broche la souris
Lissé en boule brune
Il lui casse les dents
Ensuite il se déplie
Bavousant éructant
Péteux comme pas d'autre
Le gazon raide l'oreille fendue
Griffes dehors pures babines
Il est de l'homme doux
Le pire compagnon
*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*
Ces animaux d'amour de Paul Fournel racontent la vie mondaine de ce snob de "fennec plus ultra" ou la trouille sans bornes du "cerf les fesses".
Henri Cueco s'est plu à imaginer à sa manière ces étranges chimères.
Ensemble, ils nous dévoilent une faune touchante et déconcertante.
07 février 2008
L'intellectuelle et la modiste
L'intellectuelle
m'attendait dans sa chambre, protégée par une concierge au regard de
dragon. Elle m'avait prié de la venir voir pour "sauver mon âme", mais
j'avais infiniment plus envie de chair fraiche que de sentences.
Derrière son rempart de citations, je devinais un corps naïf, des
cuisses dodues et le reste ...
Elle m'accueillit avec des
sanglots de joie, les bons auditeurs se faisant rares à notre époque.
J'eus droit à sa philosophie en guise d'apéritif, breuvage que
j'absorbai avec une grimace. Dehors, la nuit tombait sans trop de
fracas. Dans l'obscurité qui commençait à envahir la pièce, des bribes
de pensées étincelaient. J'avais passé un bras autour de sa taille et
la regardais dissimulé derrière mon expression numéro un : l'attentive.
Les
"pensées sur la mort" de je ne sais plus quel Bossuet me surprirent en
train d'évaluer la fermeté de sa poitrine. L'intellectuelle me laissait
faire sans cesser de parler. Je ne troussais sa jupe qu'au "to be ou not to be" justement célèbre, n'ouvrant la bouche que pour lui mordiller le lobe de l'oreille. Elle me récitait les "Chants de Maldoror"
quand je dus lui demander de se soulever un instant afin de me
permettre de faire glisser sa culotte en dentelle jusqu'à ses pieds,
prière à laquelle elle obtempéra de bonne grâce.. Je m'agenouillai
alors devant elle et lui prodiguai mes soins; l'intellectuelle, pendant
ce temps-là, me gratifiait d'une causerie sur la femme dans l'oeuvre
d'André Breton. Engagé dans la passe, je ne pouvais ni louvoyer ni
m'échapper. La nuit était tombée tout à fait.
Et je pensais à
la petite modiste de la veille, à son impudeur tranquille, ses yeux
clairs, à ses gémissements qui ne voulaient rien dire.
Poète qui s'efforce d'abord de "donner à la poèsie une signification morale", il tentera par la suite avec Cruels divertissements (1958) et Brûler le feu de faire une oeuvre onirique, érotique, surréelle. Né à Reims en 1937, d'ascendance belge du côté paternel et parisienne par la famille de sa mère, il est fils de libraire, spécialisé dans la recherche des livres anciens traitant de sujets singuliers , marginaux : publications anarchistes, fantastiques, ésotérisme, politique, poèsie. Il écrit depuis l'âge de quatorze ans.
05 février 2008
Priorisation de réunions
Parfums Topaze, Salle Maeva, 7ème étage
Lundi 12 novembre, 14 heures
- Nous sommes donc ici pour vous communiquer le feed-back des réunions préparatoires au plan d'efficacité.
- Et vice-versa, Norbert.
- Bien sûr. On peut dire pour commencer que les chantiers en cours ont défini des process qui induisent des procédures sur le réseau.
- Première nouvelle. Là, je suis étonnée car je n'ai pas eu communication d'un projet de chantier.
- Moi non plus.
- Certes, mais nous n'avons pas voulu formaliser systématiquement le travail des sous-groupe transverses ...
- S'ils sont transverses, pourquoi n'en a-t-on pas entendu parler ?
- Ecoute, Marie, on avance step by step, ça ne sert à rien de s'approprier un territoire quand les parties prenantes n'ont rien formalisé.
- On avait parlé d'une demande de transparence ...
- Transverse .
- Oui, transverse, et qui puisse s'intégrer dans le shéma directeur. Alors si tout le monde commence à s'agiter dans son coin sans interface développement/achats, on va droit dans le mur.
- Je suis d'accord, faut se rappeler la frustration après le chantier Oracle. Même la hot-line pédalait dans la semoule.
- Bien. On ne va pas s'éterniser sur le sujet. Sonia, tu nous parles de ton chantier interne au développement ?
- On avance lentement, mais pour résumer je dirais qu'on s'autonome en simplifiant les protocoles de qualité.
- Tu as identifié des problèmes liés au blocage transverse ?
- On manque, comme le disait Norbert, d'une interface développement/achats. Je pense qu'il faudrait initier des circuits de procédure plus pointus pour qu'on ait communication de tous les projets.
- Une communication transverse.
- Oui, transverse, avec un process qui offre une transparence sur les circuits de lancement.
- Attention à ne pas s'approprier le territoire de tous les lancements !
- Non, seulement ceux qui nous concernent, rien de formalisé.
- Okay, je vous écoute depuis un moment mais je me pose la question : est-ce que les process que nous initialisons ici ne sont pas contradictoires avec le projet Opus ?
- Euh ...
- Parce que Opus va développer un shéma directeur de contrôle et d'optimisation des réseaux...
- Oui, transverse et fluide. Alors j'ai le sentiment qu'on devrait se presser lentement pour savoir si nous entrons dans la problématique de développement d'Opus.
- C'est juste, Alain. On pourrait convenir d'une seconde réunion quand Opus aura proposé un premier modèle de flux de gestion.
- D'accord, mais je souhaiterais que l'industrie soit mieux associée sur ce chantier.
- Okay, pas de frustration non dite.
- Ca roule. On va déjeuner ?
- Qu'est-ce qu'il y a à la cantine ?
- Boudin-purée ou cassoulet toulousain.
- Ça craint pour les bourrelets.
- Oui, c'est pas léger, mais la DRH vient de lancer un chantier de refonte des menus du restaurant.
- Je ne suis pas au courant. Ils ont mis en place un process sur le réseau ?
- Juste une LotusNote ce matin.
- Transverse ?
- Evidemment .
Marc Villard "Bonjour, je suis ton nouvel ami"
Pour Emmanuel Carré, auteur d'un indispensable dictionnaire du manager impertinent.
J'ai fait appel à Miss "Salle de Réunion" pour nous donner la définition d'Emmanuel d'un verbe très utilisé dans ma boîte :
Prioriser : Verbe néologisé. Décider de l'ordonnisation des tâches à exécuter afin d'efficacifier et de rapidiser le conduisage d'un projet.









