Promenade parisienne avec Beaux-Arts magazine à la découverte de l'art en plein air - Crédit photos : Mikaël Lafontan -

Les Cariatides

cariatides

57, rue de Turbigo (75003) - Place du Caire (ci-dessus, 75002) - 39, rue de Réaumur (75003)

"Une femme avec un panier sur la tête, c'est déjà une sculpture calme", ironisait en 1984 Agnès Varda dans un court-métrage consacré aux cariattides, ces belles lascives et divinités à peine drapées qui fleurirent au XIXè siècle sur les balcons parisiens. Un sac second Empire dans une main, un brin de myrte (parfum de Vénus) dans l'autre, la cariatide ailée du 57, rue de Turbigo est la plus énigmatique d'entre elle. La plus grande aussi, qui s'élève sur trois étages... A deux pas de là, Hathor, la déesse-vache, nous fait trois fois signe sur une façade au style inimitable, mi-néogothique mi-"retour d'Egypte". Quoi de plus normal : la place du Caire n'est-elle pas l'ancienne cour des Miracles ? Plus aguicheuse, la danseuse américaine Loïs Fuller se dédouble, elle, sur les hauteurs d'un immeuble Art nouveau. Avec l'air amusé de celle qui continue de nous faire voir double après avoir sidéré le tout-Paris 1900 de ses voiles et volutes de femme-orchidée

Le Louxor

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Angle des bouleverds Magenta et de la Chapelle (75010)

C'est écrit. Depuis 1921 et en lettres majuscules sur son exentrique façade : le Louxor est le "palais du cinéma"). Ouvrage unique de l'architecte Henri-André Zipcy, ce temple Art Déco néo-égyptien va redevenir ce qu'il ne cessa jamais d'être, de sa première séance (A 14 millions de lieues de la Terre, film de science-fiction muet) à la dernière en 1983 (Qaïd, thriller bollywoodien) : une salle de cinéma grandiose et populaire. Racheté en 2002 par la Ville de Paris au groupe Tati, le monument historique du carrefour Barbès aura zntre-temps connu plusieurs vies : boîte de nuit antillaise puis mégaclub gay, il a surtout végété plus de dix ans derrière une palissade, support à tous les affichages sauvages. Philippe Pumain, en charge de la réhabilitation, a enfin rendu tout leur éclat aux cobras, disques solaires ailés et autres fleurs de papyrus de ses mosaïques bleu et or. Vitraux, marquise et lettres dorées scintillent comme au premier jour. Clou du spectacle, sa salle mythique à deux balcons est digne des meilleurs péplums. Classée Art & Essai, elle est désormais assortie de deux petites salles en sous-sol, et, autre nouveauté, d'un café avec terrasse et vue sur le Sacré-Coeur.

Le réverbère de Mark Handforth

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Place de la Porte de Bagnolet (75020)

Non, ce klampadaire n'a été victime d'aucun accident : il s'est plié sous la force de conviction de l'artiste américain Mark Handforth, qui ne déteste pas brutaliser le mobilier urbain. Mais c'est tout spécialement pour la Porte de Bagnolet, dans le cadre de la commande publique liée à la création récente du tramway T3b, qu'Handforth a imaginé cette sculpture : si elle forme une étoile à cinq branche, c'est en clin d'oeil aux cinq voies qui font ici carrefour ; même la couleur, rose shocking, a été inspirée par les fleurs du square Séverine, tout proche. Un geste apparemment simple (mais techniquement très complexe), qui s'empare de l'énergie de cette place soumise à mille flux. Espérons qu'il ne suscitera pas d'accident chez les automobilistes interloqués !

 

à suivre ...