L'histoire du pet est d'une grande simplicité. C'est l'histoire d'un refoulement de plus en plus sévère. A-t-il existé un âge d'or de la flatulence, un état de totale liberté sphinctérienne ? Saint-Gelais l'assure :

Un temps fut que sans grand respect
On laschait à table le pet
Et qu'on se mouchait à la nappe

Et il est vrai que nos ancêtres étaient horrifiés par la rétention volontaire des gaz, acte masochiste catastrophique pour la santé. L'Ecole de Salerne est formelle :

"Quatuor ex vento veniunt in ventre retento / Spasmus, hydrops, colica et vertigo" ("Quatre maux frappent le ventre quand on retient ses vents : les spasmes, l'hydropisie, la colique et l'étourdissement." Ce que résume ainsi le proverbe : "Pour vivre longtemps, il faut donner à son cul vent".)

Erasme dénonçait, lui aussi, bien avant Freud, le refoulement : "Retenir un pet produit par la nature est le fait des imbécile qui accordent plus à la politesse qu'à la santé."

Mais tout le monde n'était pas de son avis. Délicate question de savoir-vivre ! Certains s'en tenaient à l'adage : "tussi crepitum dissimulare" (cacher le pet par une toux). Une autre méthode consistait à utiliser les chiens comme boucs émissaires. En cas de puanteur, la plaisanterie de circonstance consistait à dire : "Faites sortir les chiens, les dames ont vessi *". En ces temps réputés misogynes, le beau sexe avait droit au pet.

* On ne fait plus assez la différence entre un pet et une vesse (silencieuse et nauséabonde).

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