Si vous vous souciez du sort des animaux et de votre appétit, ne visitez pas d’élevage de poulets en batterie ni ces feedlots du Midwest souvent décrits comme des « camps de concentration pour bovins ». Pour industrialiser la production de viande, on a industrialisé l’élevage et, du même coup, l’abattage. Plus question, évidemment, de sacrifice religieux ni de rituel conférant un sens ou une justification à la mort de l’animal. Rien que de la matière première vivante et sa « transformation ».

Fiction-anticipation. Dans quelques années, vous rentrez du travail. Dans la cuisine, à côté de la machine à expresso et du grille-pain, votre bioréacteur domestique MeatMachine affiche la fin d’un cycle : une paire de saucisses vous attend. Aucun animal n’a eu à mourir ni à souffrir : avant de sortir, vous avez pensé à charger quelques cellules dans la machine ainsi qu’une dose de solution nutritive. Les cellules ont proliféré et « poussé » sur un support, comme de la vigne sur un treillis. On obtient un tissu biologique à mettre en forme et à cuisiner.

A vrai dire, la culture cellulaire se fera plutôt probablement en usine. Techniquement, il reste beaucoup de problèmes à résoudre : la texture n’est pas maîtrisée et surtout on ne sait encore produire que de minuscules morceaux gélatineux, de la taille d’un ongle, à un coût évidemment prohibitif. Les tenants de l’idée ont des arguments : moins de méthane produit par les ruminants, une moindre dépense énergétique, une meilleure composition nutritionnelle (on pourrait remplacer les « mauvaises graisses » par des oméga3)…

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Mais si les consommateurs se détournent aujourd’hui des OGM, comment accepteraient-ils demain la viande en éprouvette ? Testez l’idée autour de vous (c’est ce que je fais par blog interposé, la zone « commentaire » est là pour vos réponses). La réponse est généralement un « beurk ! ». Il y a pourtant une différence radicale : les mangeurs ne voient dans les OGM aucun bénéfice direct. Les meat makers, eux, auront une clientèle minoritaire, mais motivée et sans doute en expansion. Peta, l’organisation radicale de défense des droits des animaux, offre un million de dollars au scientifique qui parviendra à maîtriser le procédé. Au-delà des militants, il y a tous ceux qui s’interrogent sur le sort que l’homme fait aux animaux.

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Claude Fischler est sociologue, directeur de recherche au CNRS. L’alimentation est son objet de recherche préféré. Il a notamment publié « L’Homnivore » (OdileJacob, 2001, réédité en 2010)

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Un gazouillis :

« "Comment concilier le goût de la viande et l'amour des animaux ?" En partageant son bifteck avec son chien. »