Lorsque le docteur Harald Moi quitta sa Norvège natale pour prendre un poste à la Venereaklinikken - la clinique des affections vénériennes - de Nuuk, au Groenland, il n'avait aucune expérience des poupées gonflables. Et il en était de même d'Ellen  Kleist, son assistante. Heureusement, un marin passablement taciturne allait leur apprendre bien des choses ...

poupee-gonflableL'homme, un marin-pêcheur, était patron de chalutier. Il se présenta à la Venereaklinikken, porteur de tous les symptômes caractéristiques de la blennorragie, une maladie sexuellement transmissible, plus connue sous l'éclairant sobriquet de "chaude-pisse"; l'analyse sanguine confirmale diagnostic. Cependant le docteur et son assistante restaient perplexes. Face aux explicationspour le moins laconiques du marin, ils voulurent en savoir plus. Ce n'était pas seulement la curiosité qui les motivait. Au Groenland, comme partout dans le monde, le personnel médical est tenu d'enquêter sur tous les cas de blennorragie pour en retracer l'origine et éviter ainsi la propagation. C'est la règle pour la plupart des maladies vénériennes.

L'homme rentrait de trois mois passés en mer, et les premiers symptômes s'étaient manifestés vers la fin du périple. A l'évidence, il avait donc contracté sa "blenno" à bord. Mais comment ? Telle était la question. L'équipage était entièrement masculin. Et le capitaine était catégorique : il n'avait jamais connu aucun rapport homosexuel.

Mais, confronté à un interrogatoire serré, il finit par avouer son histoire. Une nuit, il était descendu dans le carré de l'équipage et, sans rien dire, avait subtilisé leur poupée gonflable. Les premiers symptômes étaient apparus peu après. Or, le légitime propriétaire de la poupée s'en était abondamment servi auparavant. Et ce matelot, identifié plus tard, était en pleine crise, infecté suite à sa fréquentation d'une autre poupée, non gonflable celle-là, qu'il avait connu avant de prendre la mer.

La solution de l'énigme s'avérant unique dans toutes les annales de la médecine, Moi et Kleist décidèrent d'en rédiger le compte-rendu pour le transmettre à un journal médical.

Suite à ce double triomphe, littéraire et hygiénique, Harold Moi et Ellen Kleist ont été récompensés par le prix IgNobel 1996 de Médecine.

ignobel

Après s'être rendu à la Cérémonie de Remise des prix, le docteur Moi prit la parole pour déclarer :
"Mesdames et Messieurs, je suis honoré et ravi de recevoir ce prix IgNobel. Dans cette affaire, le principal problème fut de prévenir et de soigner la partenaire du capitaine, comme la loi nous en fait obligation. Mais, de toute manière, que pouvions-nous prescrire à une poupée gonflable ? Une série de piqures ?"