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"Quand j'étais directeur du pénitencier de McAlester, je me disais souvent : "N'oublie pas, Ron, ici tu travailles pour l'Etat d'Oklahoma et pour la loi." Nous ne sommes pas des criminels, ce n'est pas dans notre nature d'être impliqués dans la mort d'un être humain. C'est pour ça que j'ai toujours évité de penser au côté bien ou mal de la peine de mort : ce sont les tribunaux qui jugent, pas nous. Les politiciens défendent le système, nous, on l'applique. Je me disais aussi que si les partisans de la peine de mort assistaient aux exécutions, ils auraient peut-être une autre opinion. C'est si facile de bomber le torse en disant qu'il faut davantage faire souffrir les assassins, qu'on les traite trop bien. Ça m'a toujours démangé d'inviter ces forts en gueule à assister à deux ou trois exécutions : aller chercher le gars dans sa cellule, le soutenir quand il chancelle, lui demander de dire ses derniers mots à sa mère éplorée ou à son fils, faire signe au staff pour que l'injection commence. Pour les familles des victimes, c'est sûrement différent et je respecte leur choix. En tant que directeur, une partie de mon boulot était de les recevoir et de leur expliquer le déroulement de l'exécution. Je les avertissais toujours : "Attention, cela ne va peut-être pas vous apporter ce que vous espérez." L'État et les médias assurent que ça aide à faire son deuil, qu'on se sent davantage en paix une fois que le type a été rayé de la surface de la Terre. C'est possible mais une grande partie de ce que j'ai vu m'en fait douter. La "paix", ça vient de l'intérieur à mon avis, pas du spectacle d'une mise à mort. J'ai résolu ces doutes en essayant d'être le plus respectueux possible envers les familles des victimes, les condamnés et leurs familles. Souvent ceux-ci nous disaient "merci" juste avant l'injection. Et même si ça m'a toujours paru étrange, j'espère que ça prouve que jusqu'au bout nous sommes restés dignes avec eux malgré tout ce qui nous aura séparé dans cette vie."

Ron Ward, qui a assisté à 75 exécutions

Un excellent article dans le Monde magazine sur des photos de Jérôme Brézillon, titré un peu mélodramatiquement : La mort est leur métier.

Lors du tournage d'un film documentaire prochainement diffusé sur France 2 (*) Jérôme Brézillon et David André ont rencontré des employés du quartier de haute sécurité de la prison de McAlester, une petite ville de l'Oklahoma dans le sud des États-Unis. Ils ont recueilli un certain nombre de témoignages grâce à des petites annonces passées dans le journal local. Aujourd'hui, la plupart ont changé de métier ce qui a rendu leur parole plus libre.

Outre celui du directeur, reproduit plus haut, on trouve ceux de :
Dirk McCarthy, 15 exécutions : "Le lendemain, personne n'en parle"
Tim Turman, 35 exécutions : "Je suis hanté par des cauchemars"
Jane Sandiford, 60 exécutions : "Le sentiment d'être devenue insensible"
Fred Cook, 35 exécutions : "On fait le job, avec professionnalisme"
Layne Davison, 52 exécutions : "Dans les yeux des condamnés, une peur presque animale"

(*) Une peine infinie, documentaire de David André (1h21), sera diffusé dans l'émission "Infrarouge" sur France 2, début 2011
La 8ème journée contre la peine de mort qui a eu lieu le 10 octobre, avait pour thème les États-Unis. En 2009, 52 personnes y ont été exécutées et 106 personnes condamnées à mort.

Quelques liens :
Coalition mondiale contre la peine de mort
L'actualité de l'abolition de la peine de mort
La peine de mort en 2010
Victor Hugo contre la peine de mort
, un joli travail de Danielle Girard