Arman, né Armand Pierre Fernandez le 17 novembre 1928 à Nice et mort à New York le 22 octobre 2005, est un artiste français, peintre, sculpteur et plasticien, célèbre pour ses « accumulations ». Il fut l’un des premiers à employer directement, comme matière picturale, les objets manufacturés, qui s’apparentaient pour lui à des extensions de l’humain, à croissance et multiplication continues.

Du 22 septembre 2010 au 10 janvier 2011, une rétrospective lui est consacrée à Beaubourg. Ci-dessous quelques photos que j'ai pu voler, les appareils étant interdits sans doute pour pouvoir vendre les catalogues, cartes postales et livres divers consacrés à l'artiste dans une annexe de la librairie à la sortie de la salle. J'ai volé des photos et j'ai acheté le catalogue.


"En 1959, à 30 ans, je me suis réveillé avec toutes mes dents et toutes griffes dehors. Avant, ma position n'était pas si assurée. En 1959, 1960, je casse, je coupe et j'accumule."

Arman

 

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La vie à pleines dents, 1960, dentiers dans une boîte

 

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Home Sweet Home
, 1960, masques à gaz dans une boîte de plexiglas

C'est en 1959 qu'Arman inaugure son langage artistique le plus célèbre : l'accumulation de produits manufacturés. Par ce procédé, l'artiste, collectionneur compulsif et chineur acharné, choisit de révéler l'objet non pas dans sa singularité, qui ici disparaît, mais par la quantité, la profusion, la répétition, caractéristiques de la société moderne.
Il eut ainsi cette phrase :"Mille mètres carrés de bleu sont plus bleus qu'un mètre carré de bleu, je dis donc que mille compte-gouttes sont plus compte-gouttes qu'un seul compte-goutte". Un crédo illustré par ce Home, Sweet Home, composé comme une peinture monochrome. L'alignement des masques à gaz et l'ironie du titre ne font que souligner l'absurde et macabre horreur de la guerre.

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Sonny Liston, 1963, fers à repasser soudés

Le titre de cette accumulation de fers à repasser soudés évoque un boxeur célèbre aux Etats-Unis dans les années 1960, adversaire de Cassius Clay, connu pour sa force brutale. En choisissant un objet domestique "pacifique", mais qui peut se transformer en une arme redoutable par son poids et sa forme, Arman, comme souvent, fait appel à une métaphore humoristique.

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Birth Control 1963, accumulation de poupées dans une valise

Arman ne s'intéressera que plus tard aux objets lisses et étincelants, domaine du pop-art. Ici il recycle et recolle les morceaux d'une réalité en lambeaux : vieilles poupées, valise usée, reste et nostalgie d'un passé révolu.

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Bluebeard' wife, 1969, accumulation de blaireaux dans un bustier en polyester

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Homage to cubism, 1974, accumulation de guitares découpées dans une caisse en bois peinte en noir et sous plexiglas.

Outre l'accumulation, la destruction est l'autre moyen pour Arman de transformer l'objet en œuvre d'art. Il le découpe, le brûle, ou le pulvérise, avant d'en fixer les débris sur un cadre. Ce sont les fameuses "Colères".
Depuis son enfance, la relation d'Arman à la musique oscille entre le plaisir de l'écoute et le supplice de l'exercice, surtout lorsque sa tante lui tape sur les doigts à chaque fausse note sortant du piano. C'est ainsi que l'instrument de musique, symbole d'une "bonne éducation bourgeoise" s'attire la colère de l'artiste. Il casse, fracasse, scie et morcelle l'objet pour l'agencer ensuite dans des combinaisons multiples sur le support.
La récurrence du violon et de la guitare ont en point commun la séduction par leurs lignes féminines.
Ces "Colères" rappellent l'admiration d'Arman pour l'américain Jackson Pollock, inventeur de l'Action painting, qui cherche aussi à fixer le geste de l'artiste sur la toile.

"Je n'ai jamais détruit un beau violon : j'achète des violons chinois qui sont produits en série à 40 dollars avec la boîte et l'archet... Que peux-tu avoir pour 40 dollars ? Jamais un étudiant ne pourra travailler là-dessus. Il faut les détruire : ce ne sont pas de bons instruments."

Arman


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Arman, à l'origine, est un peintre. Les maîtres qu'il admire, aussi : Pollock, le Dada allemand Schwitters, qui lui donna l'idée d'utiliser des objets, ou encore Van Gogh. Et même dans ses "Colères" et ses "Accumulations", sa logique reste souvent celle d'un peintre, raisonnant en termes de cadre et de surface. Pas étonnant donc qu'Arman revienne à la peinture, mais par d'autres biais : en intégrant à la toile les objets du peintre, la brosse et le tube.

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"Je remercie mon origine espagnole qui me permet, parfois, d'avoir mauvais goût. Il faut savoir se sortir des lois de l'harmonie."

Arman

Billet rédigé grâce à mon Lumix, au manque d'effectifs du Centre Pompidou, à diverses sources du net et à Arts Magazine, un excellent mensuel.