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PREMIER ACTE

Un vol fantastique

La scène représente une chambre à coucher

L'homme-volé, couché dans son lit, à Loufock-Holmès :
- Monsieur, en deux mots, voici l'affaire : on m'a volé cette nuit mon propre squelette.

Loufock-Holmès :
- Comment vous êtes-vous aperçu de sa disparition ?

L'homme-volé :
Toutes les nuits, quand je rentre de m'amuser, soit à Montmartre, soit ailleurs, je prends la précaution de me regarder avec un appareil à rayons X.

Loufock-Holmès :
- Pourquoi ?

L'homme-volé :

- Pour savoir si je n'ai pas dans le corps une balle de révolver ou un couteau d'apache. Les rues sont si peu sûres. Or, hier soir, j'ai oublié de me regarder aux rayons X. Je me suis endormi. Mon sommeil ne fut pas de longue durée. Je me réveillai bientôt et, me souvenant que j'avais oublié de passer mon inspection habituelle, je pris mon appareil et j'en projetai les rayons sur mon corps. Je m'aperçus avec terreur que mon squelette avait disparu. C'est pour rechercher le voleur que je vous ai fait demander.

Loufock-Holmès :
- Cette affaire est exceptionnellement mystérieuse. Je vais chez moi faire quelques déductions. Au revoir, monsieur.


DEUXIÈME ACTE

Les déductions

La scène représente le cabinet de déductions de Loufock-Holmès

Loufock-Holmès, à son disciple :

- Comme d'habitude, pour me livrer à mes déductions, je vais me suspendre par les pieds au plafond de mon cabinet de travail.

Le disciple :
- Pourquoi, maître, prenez-vous toujours cette position singulière ? Cela m'a toujours intrigué.

Loufock-Holmès :

- En me suspendant la tête en bas, tout mon sang afflue au cerveau et lui donne l'activité et la force nécessaire pour résoudre mes mystérieux problèmes. (il se suspend par les pieds à un appareil spécial posé au plafond de son cabinet de déductions).

Le disciple :
- Maître, vous cherchez aujourd'hui à percer le mystère du squelette volé ?

Loufock-Holmès :
- Oui, mais je ne crois pas à un vol.

Le disciple :
- Pourquoi, maître ?

Loufock-Holmès :

- Logiquement, personne n'a intérêt à voler le squelette d'une personne vivante, à moins que cette personne ne soit un phénomène anatomique. Dans ce cas-là seulement le voleur pourrait gagner quelque argent en revendant le squelette volé au muséum. Tel n'est pas le cas, puisque la personne volée n'est pas un phénomène. Le vol étant sans intérêt, j'en déduis qu'il n'a aucune raison d'être et que, logiquement, il n'existe pas

Le disciple :
- Alors, maître, quelle est votre opinion ?

Loufock-Holmès
:

- Mon opinion, c'est que vous alliez immédiatement demander à l'homme-volé s'il n'est pas sujet aux tremblements de froid et s'il dort la bouche ouverte. Allez. (Le disciple sort.)


TROISIÈME ACTE

Le squelette frileux

Même décor que précédemment.

Le disciple :
- Maître, vous avez deviné. L'homme est, en effet, sujet aux tremblements de froid et dort la bouche ouverte.

Loufock-Holmès :
- Alors tout s'explique. Il ne s'agit plus d'un vol, mais d'une fugue du squelette, tout simplement. Avez-vous remarqué la maigreur de l'homme volé ?

Le disciple :
- Oui, maître, il en est presque transparent.

Loufock-Holmès :
- Alors, suivez bien mon raisonnement. Le squelette de cet homme est un squelette frileux. Il souffrait du froid, n'ayant sur ses os que la mince peau de l'homme dans lequel il est enfermé. Les tremblements de froid, constatés par l'homme maigre lui-même, confirment la justesse de mes déductions.

Le disciple :
- Ah, maître, vous êtes unique !

Loufock-Holmès, continuant :
- Le squelette, voyant que l'hiver s'annonçait rigoureux et que l'homme qui le recouvrait n'engraissait pas suffisamment pour le garantir des intempéries, le squelette, dis-je, s'est décidé à fuir..

Le disciple :
- A fuir ? Mais comment ?

Loufock-Holmès :
- Il a profité de ce que l'homme dormait la bouche ouverte pour fuir par cette ouverture pendant son sommeil.

Le disciple :
- C'est clair comme le jour ! Merveilleuses déductions.

Loufock-Hommès :
- Il faut donc rechercher le squelette fugitif dans un endroit chaud. Il se sera réfugié sans doute dans le salon de lecture d'un grand magasin ou dans un wagon de métro. Je vais annoncer l'heureux résultat de mes déductions à l'homme abandonné par son squelette. (Il sort.)


QUATRIÈME ACTE

La clef de l'énigme 

La scène représente la chambre à coucher du premier acte.

Loufock-Holmès, entrant :
- Je viens vous annoncer que j'ai la clef de l'énigme.

L'homme-volé
, toujours au lit :
- Moi aussi

Loufock-Holmès :
- Vous aussi ?

L'homme-volé :

- Oui, je me suis rappelé qu'hier au soir, en rentrant, j'étais complètement ivre.  Au lieu de prendre mon appareil à rayons X, j'ai pris le premier objet qui m'est tombé sous la main. Cet objet étant une boîte de camembert, vous comprenez qu'il m'était impossible d'apercevoir mon squelette avec de tels rayons X. Cette erreur me fit croire au vol de mon squelette. Mais je suis tranquille maintenant. Je me suis regardé tout à l'heure aux rayons X, et mon squelette est toujours là. C'est égal, j'ai eu une fière peur. Excusez-moi du dérangement. Bonsoir. (Il se rendort.)


RIDEAU

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