J'ai reçu une lettre de Californie :

"4 juin 1999. Chère Mme Calle, je suis un américain de vingt-sept ans. J'ai vécu une longue idylle qui s'est récemment dénouée. J'aimerais passer le reliquat de cette période de deuil, d'affliction, dans votre lit..."

Accepter se révélait délicat. Considérant la distance qu'il lui faudrait parcourir, si l'inconnu me déplaisait, pouvais-je décemment le congédier ? Et puis il y avait déjà un homme dans mon lit.  Deux mois plus tard, ma literie prit l'avion pour San Francisco. Le transporteur livra 1 châlit, 1 sommier, 1 matelas, les draps dans lesquels j'avais dormi, 2 oreillers, 2 taies, 1 couverture. Je souhaitais au destinataire un prompt rétablissement et l'invitais à m'informer de l'évolution de sa convalescence afin de récupérer mon bien dès guérison complète.
Il accusa réception le 4 août :

"Votre lit est confortable. La senteur qu'il exhale m'apaise. Je vous tiendrai au courant du déroulement de ce séjour..."

En septembre, j'appris que la souffrance s'estompait.

Le 2 février 2000, mon lit était de retour à la maison.

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Rappel : Sophie Calle, Prenez soin de vous, Le carnet d'adresses, Le nez, La lame de rasoir