Le groupe de personnes qui s'occupe des affaires littéraires de Ian Fleming s'appelle Ian Fleming Publications Ltd. L'une des responsables, Corinne Turner a choisi Sebastian Faulks pour écrire un nouvel opus des aventures de James Bond. Il est sorti en France, traduit par Pierre Ménard, le 4 juin et s'intitule Le diable l'emporte. Il est édité chez Flammarion.


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Dans un précédent ouvrage, inédit en France, Pistache, Sebastian Faulks s'était amusé à parodier Ian Fleming à la sauce Bret Easton Ellis. Voici ce que cela a donné.

Bond se faufila à travers la grille du conduit d'aération aménagé dans le plafond du magasin, au-dessus du rayon des savonnettes et des shampoings. Il chassa du plat de la main la poussière qui s'était déposée sur son costume en laine peignée bleu nuit de chez Kilgore, puis alluma l'une des cigarettes munies d'un triple anneau doré que Morland fabriquait spécialement pour lui.
- Vous vous croyez où ? lui lança un chauve au fort accent cockney dont la blouse à l'enseigne du magasin contenait à grand peine la panse rebondie. On n'a pas le droit de fumer par ici, mon pote.
Bond asséna un violent coup de genou dans l'entrejambe de cet abruti, qui s'effondra en gémissant devant l'étagère des sels de bain. Il lui balança ensuite à travers du visage l'extrémité bardée de métal de son mocassin, ce qui acheva de lui clouer le bec.
Ignorant le large choix de purées instantannées qui s'offrait à lui (même le SMERSH n'en voudrait pas, songea-t-il avec amertume), il traversa le rayon d'alimentation pour chiens et déboucha sur celui des vins, tenu par un jeune Mexicain.
- Avez-vous du château Gruaud-Larose 1990 ? lui demanda Bond.
- Euh ... non monsieur, mais je vous recommande notre Sauvignon shiraz importé du Paraguay, à 3,99 euros la bouteille.
Tuer faisait partie de son métier et Bond n'y prenait jamais plaisir. En vissant le silencieux de son Beretta .25, il se dit néanmoins que les regrets étaient l'apanage des amateurs. De toute façon, un caviste incapable de proposer un médoc digne de ce nom ne méritait pas de vivre.
Il abandonna le cadavre dans le rayon des produits diététiques, après l'avoir planqué derrière un présentoir qui proposait des lots de Hula Hoops parfumés au ketchup, et se dirigea vers la plus jolie caissière en vue : une beauté en jupe bleu marine moulante et en chemisier blanc, dont les mensurations devaient avoisiner les 90-60-90, estima-t-il d'un œil expert.  Il élimina les trois clients qui faisaient la queue devant lui à l'aide de fléchettes empoisonnées dissimulées dans la poignée de son chariot  muni d'un double pot d'échappement et se retrouva face à un visage qui  lui était vaguement familier.
- Moneypanny ! s'exclama-t-il. Que fabriquez-vous ici ? on vous a donné votre licence ? Vous avez le droit de suer ?
- Moins fort, James, gloussa-t-elle. Je suis ici incognito. Vous avez la carte de fidélité Monoprix ?
- Non, dit Bond, mais j'ai la carte Privilège du Printemps.
- Un paquet de M & M ? s'enquit Moneypenny en haussant le sourcil, après avoir jeté un coup d'œil dans le panier de Bond. Oh, James, vous avez pensé à moi.
- Non, dit Bond en empochant les friandises et en agitant sous son nez d'un air tentateur les clefs de sa Bentley décapotable grise. Un petit souvenir pour le patron ...

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(Hutchinson, 2006, traduit par Pierre Ménard pour Lire)