Robert Matthews a accédé à la célébrité au milieu des années 1990 grâce à son étude "Tumbling toast, Mrphy's Law and the fundamental constants", parue dans l'European Journal of Physics (vol.16, p. 172-76). Le chercheur y démontrait les deux choses suivantes.

Un : les toasts ont bel et bien tendance à tomber sur leur côté beurré, contrairement à ce que prétend la science statistique (pour laquelle c'est fifty-fifty). La raison en est toute bête : le toast est généralement posé sur sa face non beurrée et, après avoir pris son envol depuis le coin de la table, il tombe animé d'un lent mouvement de rotation. Or le trajet qu'il parcourt ensuite jusqu'au sol est trop court pour lui permettre un tour complet. C'est plus souvent un demi-tour ou un peu moins, ce qui implique une réception côté beurre, comme chacun a pu le constater. Cela se vérifie aussi avec les biscottes et les tartines.

Deux : si la table sur laquelle nous prenons notre petit déjeuner était haute d'environ 3 mètres, les toasts retomberaient plus souvent sur leur côté non beurré. Cette deuxième loi peut être directement déduite de la première puisqu'une table très haute (mais pas trop) autorise un tour complet du toast.

Hélas, les tables de 3 mètres ne courent pas les rues et sont de toute façon peu adaptées aux activités alimentaires courantes. Ce qui fait que les travaux de Matthews se sont révélés de peu d'utilité pratique. Sans doute est-ce l'une des raisons pour lesquels ce chercheur est retourné ensuite à un relatif anonymat. C'est très injuste car, dés l'année suivante, Robert Matthews se mettait à produire de la science vraiment utile. Il publiait ainsi dans Nature (vol.382, p. 766) un remarquable "Base-rate errors and weather forecasts". Article qui commençait par la question : faut-il ou non s'encombrer d'un parapluie lorsque la météo prévoit de la pluie ? Et se terminait, quelques équations plus loin, par cette réponse formelle : non.

Non, c'est idiot de s'encombrer d'un parapluie - c'est littéralement une "stratégie sous-optimale" - car il y a peu de chance qu'on l'ouvre. Non pas que les bulletins météo soient totalement foireux, au contraire : la météo britannique (Matthews a fait son étude en Angleterre) est fiable à 83 % lorsqu'elle prévoit de la pluie. Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il va pleuvoir toute la journée. Il va juste tomber un peu d'eau à un moment ou à un autre. Cette nuance est essentielle dans le cas qui nous occupe. Car on sort rarement marcher dans la rue 24 heures d'affilée. C'est plus souvent une heure, au maximum. La bonne question à se poser est donc : quelle est la probabilité qu'il se mette à pleuvoir d'une heure sur l'autre ? Elle est faible : 8 chances sur 100 en moyenne, selon Chandler et Gregory (The climate of the British Isles, Longman, 1976).

L'oeuvre matthewsienne peut être ainsi résumée : on a toujours raison de se méfier des toasts, de la météo et des statistiques.

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Ce texte est extrait de "Au fond du labo à gauche", collection Points aux éditions du Seuil. Il est le résultat d'une compilation d'Edouard Launet, reporter à Libération, qui a entreprit d'éplucher la presse scientifique en quête de ce qu'il nomme la science champagne.


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On y apprend, entre autres les meilleures façons de se suicider avec des feux d'artifice, d'analyser aus rayons X la barbe à papa, d'étudier scientifiquement l'odeur de la girafe. On y répond aussi à certaines questions fondamentales : un coup de foudre est-il décelable au scanner ? Un accélérateur de particules peut-il servir d'horaires des marées ? Une bretelle de soutien-gorge peut-elle ne pas glisser ? Et sans ce bouquin on ignorerait que le pourcentage d'admissions aux urgences dû à des chutes de noix de coco est de 2,5 en Papouasie alors qu'il est de 3,4 aux îles Salomon.

Autre bouquin de "la science amusante et démythifiée", de Richard Robinson (traduit de l'anglais par Julien Ramonet); il est édité chez Dunod

murphy


Enfin, une adresse indispensable pour tout connaître sur Les lois de Murphy et ses inombrables dérivées. C'est, à mon sens, parmi toutes les sites sur le sujet, le plus complet.

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Je termine ce billet en vous annonçant que la loi de la tartine beurrée possède un corollaire (le corollaire de Blumenfeld) : si vous beurrez une tartine et qu'elle tombe du côté non beurré, c'est que vous aviez beurré le mauvais côté.