Voilà quelques jours que le gouvernement provisoire est désigné. Ce gouvernement est provisoire dans la mesure où beaucoup de choses dépendent du résultat des législatives.Les deux principales raisons :

 

  • la majorité peut basculer à gauche (éclats de rires)

  • le premier ministre François Fillon a déclaré qu'un ministre battu dans la circonscription où il se présente perdrait son portefeuille.


Dans un grand mouvement d'ouverture, notre petit président a décidé de prendre quelques ministres "d'ailleurs". Passons sur les centristes qui, en fait d'ouverture, tenaient surtout à préserver leur petit pouvoir et leurs fins de mois et qui ont fait allégeance avec une vivacité qui n'a d'égale que la souplesse de leur colonne vertébrale. Je veux plutôt parler de l'ouverture à gauche. Ça concerne Jean-Pierre Jouyet, un ancien camarade de jeu de François Hollande, Eric Besson, qui a juste au bon moment retourné sa veste avec maestria et qui doit avoir un peu de mal à se regarder dans le miroir en se rasant le matin, Bernard Kouchner qui tient à terminer sa carrière publique de manière prestigieuse, si ce n'est reluisante, et, plus étonnant, Martin Hirsch.
J'avoue que ce dernier choix m'a fait tiquer et a fait vaciller mon opinion concernant Nicolas. S'intéresserait-il tout d'un coup aux plus défavorisés ? Les idées d'extrême-droite ayant été reprises, chercherait-il à tempérer avec cette nomination, sa mauvaise réputation pour ce qui concerne le social ?


En réfléchissant un peu (ça m'arrive de temps à autre) on se souvient de la proximité des troisième et quatrième tours des élections que sont les législatives. Avec le comportement des têtes du PS, notre président est déjà sûr de remporter une belle majorité. Mais il lui faut conforter les voix qu'il a réussi à prendre à gauche. Pour cela, rien de mieux que la caution d'un Martin Hirsch associée aux boucs émissaires habituels qui servent de repoussoir à la droite depuis le début de la campagne (chômeurs, jeunes des banlieues et grévistes). Pour désamorcer les syndicats qui commencent à renâcler devant les menaces qui se profilent, il les a convoqué pour les prévenir qu'ils comptaient comme partenaires et que rien ne serait fait en matière de code du travail sans consultations préalables.


Il se trouve que Martin Hirsch vient de se rendre compte que les franchises (*), ces futures dispositions en matière de sécurité sociale qui sont concoctées en ce moment, vont défavoriser ceux qui ont le moins de moyens et que l'on s'achemine vers quelque chose qui existe déjà parfois dans certains domaines, une santé à deux vitesses. Il existe déjà une chirurgie pour riches puisque certains chirurgiens réclament un supplément "non déclaré" pour opérer eux-mêmes, les soins et examens risquent maintenant d'être aussi à deux vitesses et on s'achemine tranquillement vers une USAïsation du système de santé.
D'autres part les syndicats qui pensaient que s'ouvrait devant eux une ère de négociations viennent de s'entendre dire que cette ère serait limitée à 7 mois et qu'en cas de désaccord, l'Etat se passerait de leur opinion et légifèrerait.

Pour l'instant, ça gratte.

maltete1

(*) Nicolas Sarkozy a proposé un système de quatre franchises non remboursées par la sécurité sociale sur "les premiers euros annuels" dépensés en examens biologiques, en médicaments, en visite médicale et en hospitalisation.

Crédit Photo : René Maltête, un fabuleux bonhomme