Janvier c'est un mois difficile. c'est le mois des résolutions. Il ne viendrait à l'idée de personne de prendre des engagements durs à respecter, et surtout d'assurer la publicité de ces engagements autour de soi, un autre mois de l'année; pour ces choses stupides, le mois idéal c'est janvier. Heureusement, ce terrible mois de janvier est tout de suite suivi de février, mois pendant lequel on s'empresse d'oublier toutes ces promesses.

C'est quand même pas mal fait le calendrier (du mot latin calendae, premier jour   du mois chez les Romains), mais depuis le temps que les noms des mois existent dans leur forme actuelle, il me semble que l'on pourrait faire l'effort d'imagination nécessaire pour les modifier. Il faut évidemment garder la structure actuelle avec l'année bissextile (qui date de Jules César), mais cela ne signifie pas que les noms des mois doivent être immuables.

En premier lieu, ce qui peut gêner, c'est la différence de longueur des noms; écoutez comme "mars" parait ridicule à côté de "décembre", et pourtant, c'est un mois tout aussi honorable. La consonance en français fait elle-même désordre, à part septembre, novembre et décembre, pas la moindre musicalité à leur énoncé; quel point commun entre juillet et août qui sont pourtant des mois assez similaires.

Je propose donc un changement radical. Tout d'abord, il faut des dénominations d'au moins trois syllabes, les noms courts sont beaucoup moins "chantants". Ensuite, pour bien distinguer les trimestres, on pourrait faire rimer ces noms trois par trois : par exemple, les mois du premier trimestre seraient en "aire", ceux du second en "ier", pour le troisième je verrais bien une terminaison en "ule" et enfin, pour le quatrième, une fin en "ion" serait du meilleur effet.

Ceci posé, prenons les mois un par un.

Pour janvier, à mon avis, étant donnée la température habituelle dans cet hémisphère, j'opterais pour "frigidaire".
Février, c'est le mois le plus court, on le nommerait "lapidaire"; de plus ce mot pourrait rappeler l'outil du bijoutier, métier qui n'est pas sans évoquer les cristaux de givre qui tapissent les branches des arbres dans ces contrées qui ont la chance d'avoir un hiver esthétiquement parfait.
Pour mars, le néologisme "giboulaire" me parait s'imposer bien que les giboulées de mars aient plutôt tendance, ces dernières années, à faire leur apparition en avril.
Voilà donc notre premier trimestre : Frigidaire, Lapidaire et Giboulaire.

Avril serait remplacé par "poissonnier" (souvenez-vous, on change de terminaison) pour rappeler cette consternante coutume qui consiste à se moquer des poissons accrochés dans le dos des autres sans se rendre compte de la baleine qu'on trimbale sur le sien.
Mai, mois béni entre tous par ceux que le mot travail hérisse et que l'évocation de l'idée de labeur couvre de boutons, on l'appellerait "trèférié".
Juin, mois du remplacement des odorantes feuilles blanches par les délicieux fruits rouges serait "cerisier".
Deuxième trimestre : Poissonnier, Trèsférié et Cerisier.

Passons à juillet. Là, j'ai hésité. Je voulais d'abord évoquer le Tour de France, cette compétition sportive qui a tant fait pour l'amélioration de la recherche en matière pharmaceutique. Mais il y avait aussi l'arrivée des vacances, l'occasion de fêter une simili liberté par le sabrage d'une bouteille de champagne pour les plus aisés ou l'engloutissement d'un mousseux pour les moins favorisés. J'ai tranché pour un compromis rappelant le cyclisme et les bulles, ce serait donc "pédabulle".
Pour août je pense obtenir une unanimité relative en choisissant "canicule".
Et enfin pour septembre, mois charnière entre la période des vacances et celle des diverses rentrées, je propose "virgule".
Notre troisième trimestre est au complet : Pédabulle, Canicule et Virgule.

Octobre, mois des sous-bois frais et humides serait remplacé par "champignons".
Pour ses longues soirées pendant lesquelles on fait venir quelques copains pour tromper l'ennui des fins de journées maussades, j'oserais un "soupàloignon" à la place de novembre.
Et enfin, à cause du 24 et du 31, il me semble assez judicieux de remplacer décembre par "cotillons".
Le quatrième trimestre : Champignon, Soupàloignon et Cotillons.


Franchement, ça a quand même une autre gueule : l'épiphanie le 6 frigidaire, la Saint Valentin en Lapidaire, ça semble s'imposer. Pâques en poissonnier, le muguet du premier trèsférié, la rentrée en virgule et mon anniversaire le 17 soupàloignon.

Ce qui fait vivre les noms des mois, ce sont les dictons populaires qui les ont imagés tout au long des siècles: "en avril ne te découvre pas d'un fil", "en mai fait ce qu'il te plait", etc. Evidemment, les anciens n'ont plus court, il faut en trouver de nouveaux; avec l'aide de quelques amis, voici des propositions :

Frigidaire, l'amour n'aide guère.
Diamants sur la vitre en Lapidaire, nombreuses buches dans la chaudière.
Pâques en Giboulaire fait chier le calendrier scolaire.
Poissonnier gelé, poisson pané.
En Trèsférié le transgénique reprend pied.
Cerisier chaud, gros bigarreaux.
Orages pour le 14 Pédabulle, c'est mortel pour les uniformes en tulle.
Si tu arroses le gazon en Canicule, achète de la Lyonnaise des Eaux.
Qui part en thèse en Virgule n'a point d'interrogation (il est de Blaise celui-là, évidemment).
A mycologue débutant, gastro en Champignon.
Soupàloignon riche en brouillard favorise la marée noire.
Mère Noël en bikini annonce un Cotillon chaud.

Si l'imagination vous titille, la zone commentaires est à votre disposition.